Perceptions des hommes québécois de leurs besoins psychosociaux et de santé ainsi que de leur rapport aux services

Perceptions des hommes québécois de leurs besoins psychosociaux et de santé ainsi que de leur rapport aux services

details fiche données publiques

Réalisée: Justin Sirois-Marcil Mise en forme: Justin Sirois-Marcil Juillet, 2014

Les réalités masculines dans la région sociosanitaire du Nord-du-Québec : Portrait et facteurs d'adaptation.

Référence complète de l'étude

Hayes, F. (2012). Les réalités masculines dans la région sociosanitaire du Nord-du-Québec : Portrait et facteurs d'adaptation. Chibougamau : Réseau Hommes Québec Baie-James. Repéré à http://www.crsssbaiejames.gouv.qc.ca/docs/Publications/R/realites%20masculines%20web%20%28sans%20logo%29.pdf

Préblématique et cadre théorique

On a constaté, depuis une cinquantaine d'années, une évolution rapide et radicale des modèles sociaux et familiaux au Québec. Ces nombreux changements sociétaux ont modifié la réalité des hommes. L'entrée des femmes dans le monde du travail, les changements dans la structure familiale et la redéfinition du rôle de père en sont quelques exemples. On remarque tout de même la persévérance de clichés sociaux, tenaces dans la société, attachant à l'homme un statut de force, d'invulnérabilité et d'indépendance.

Méthodologie de l'étude

Principaux résultats

Portrait de la réalité masculine dans la région sociosanitaire du Nord-du-Québec

1.1 Les habitudes de vie et les comportements liés à la santé

  • Selon les données recueillies pour l'année 2007-2008, le pourcentage d'hommes étant actifs ou modérément actifs est plus élevé dans le Nord-du-Québec (61,8 %) par rapport à la province (52,1 %). Inversement, le pourcentage d'hommes sédentaires est plus bas (38,2 % contre 47,9 %).
  • Le taux d'obésité était plus élevé chez les hommes de la région (24,1 %) en 2008 que dans le reste de la province (17,1 %). On remarque que chez les hommes, il y a plus souvent une accumulation de graisse au niveau abdominal alors que, typiquement, chez les femmes c'est au niveau des fesses et des hanches. Les impacts liés à l'obésité sont souvent plus graves chez la clientèle masculine puisque l'adiposité abdominale est associée à un risque plus élevé de diabète, d'hypertension, de maladies cardiovasculaires et, par le fait même, de décès prématuré.
  • En 2007-2008, la proportion d'hommes qui ne mangeaient pas l'apport minimal quotidien recommandé en fruits et légumes était plus élevée dans la région (60,2 %) qu'ailleurs au Québec 55,3 %).
  • En 2007-2008, les statistiques concernant la présence régulière de fumeurs au domicile illustraient une plus grande proportion de fumeurs chez les hommes du Nord-du-Québec (28,6 %) qu'ailleurs au Québec (20,8 %). À noter que la proportion de femmes fumeuses était presque égale à celle des hommes dans la région alors qu'ailleurs au Québec, elle était près de 10 % moins élevée.
  • Chez les hommes de 12 ans et plus, 77,5 % rapportent être des buveurs réguliers dans la région contre 73,9 % dans la province. On considère comme buveurs réguliers les personnes qui consomment de l'alcool au moins une fois par mois.
  • Les hommes sont beaucoup plus nombreux à être victimes de traumatismes routiers. Cela peut en partie être expliqué par le fait que les hommes sont plus nombreux à conduire rapidement, à prendre le volant en état d'ébriété et à négliger le port de la ceinture de sécurité.
  • Au Québec, les hommes seraient deux fois plus nombreux à s'engager dans des conduites sexuelles à risque. La proportion d'hommes ayant plusieurs partenaires est plus élevée, particulièrement chez les 25-44 ans. De plus, près du quart de ces hommes n'utiliseraient jamais le condom comme méthode contraceptive.
  • Les consultations médicales chez les hommes sont moins fréquentes et moins régulières. De plus, ils ne consulteraient que pour les problématiques graves, ce qui entraîne des diagnostics plus lourds.
  • Dans la région, comme ailleurs, les hommes sont moins nombreux à utiliser les services professionnels de santé.

1.2 La santé mentale

  • On estime à 20 % la proportion de gens qui souffriront, au cours de leur vie, d'un problème de santé mentale. Toutefois, on estime à 3 % la proportion de la population qui souffrira d'un problème de santé mentale grave, c'est-à-dire duquel découle un niveau d'incapacité affectant de façon significative les relations interpersonnelles, les compétences sociales de base et la capacité fonctionnelle dans la production d'un travail.
  • Les problèmes de santé mentale, particulièrement la dépression, représentent l'une des principales causes d'invalidité.
  • Une consultation en santé mentale sur 3 est faite par un homme.
  • Selon les données de 2007-2008, les hommes du Nord-du-Québec sont moins nombreux (22,2 %) à percevoir un niveau de stress élevé dans leur vie quotidienne par rapport aux hommes du Québec (25,7 %).

1.3 Le suicide

  • Les mortalités par suicide sont plus élevées au Québec, lorsqu'on compare au reste du Canada et à la majorité des pays industrialisés.
  • Au Québec, comme dans la région, on comptabilise plus de décès par suicide chez les hommes que chez les femmes. Le ratio qui est de 4 hommes pour 1 femme au Québec serait de 9 hommes pour 1 femme dans la région.
  • 2,7 % de la population de la région a songé sérieusement au suicide au cours des 12 derniers mois. Cela ne nous permet pas d'établir une différence significative avec le reste de la province.
  • Selon les données de 2003 à 2007, le taux de mortalité par suicide est de 2 pour 10 000 comparativement à 1,6 pour 10 000 pour l'ensemble du Québec. Ces données doivent être interprétées avec prudence en raison du petit nombre de cas relevés dans la région.

1.4 La situation familiale, maritale et parentale

  • Selon Statistique Canada, les proportions de couples mariés, divorcés et séparés sont relativement les mêmes lorsqu'on compare le statut civil des gens de la région par rapport à la province. On dénote par contre une plus grande proportion d'unions libres, 28 % comparativement à 19, 4 % au Québec.
  • La proportion de familles monoparentales qui est de 13 % au Québec est de 8,4 % dans la région. Fait intéressant, la proportion de familles monoparentales dirigées par le père est plus élevée dans la région. En 2006, elle se chiffrait à 42,6 % comparativement à 28,3 % dans la province (ces données comprennent les hommes ayant la garde de leur enfant au moment où l'enquête a été menée).
  • Dans la majorité des cas de séparation, c'est la femme qui demande de mettre fin à l'union. Dans les cas de divorces, elles sont à 74,7 % à la source de la demande alors que c'est le cas dans 80,6 % des séparations. L'homme bénéficierait de l'aide juridique dans moins de cas que la femme.
  • Lorsqu'il y a implication du tribunal, la garde des enfants reviendrait exclusivement à la mère dans 70,1 % des cas de divorce et dans 84,5 % des séparations. La plupart du temps, la femme aurait la garde des enfants dans la période entre la rupture et le jugement de la cour.
  • Lorsque la demande vient du père, c'est en majorité en vue d'une garde partagée, les hommes tiendraient plus à ce que les enfants gardent le contact avec l'autre parent, même lorsque la demande concerne une garde exclusive.

1.5 L'emploi et le revenu

  • Le secteur primaire a une importance majeure dans la région. En effet, 21,4 % des emplois y sont liés alors que ce pourcentage n'est que de 3,7 % sur le plan provincial.
  • En 2006, le taux d'activité de la population de 15 ans et plus était plus élevé qu'au Québec. Chez les hommes, il était à 76,7 % dans la région comparativement à 70,6 % à l'échelle de la province.
  • Toujours en 2006, le taux d'emploi chez les hommes de plus de 15 ans au Nord-du-Québec était de 62,5 % ce qui est plus élevé que le taux provincial qui s'élevait à 55 %. Depuis 1996, le taux d'emploi est plus haut dans la région qu'ailleurs au Québec. Cela s'expliquerait en partie par la tendance des hommes inoccupés à quitter la région.
  • En 2006, le taux de chômage était plus élevé dans le Nord-du-Québec que dans la province chez les hommes de plus de 25 ans, se chiffrant à 12,5 % contre 6,4 %.
  • Dans la région en 2005, le revenu médian après impôt chez les hommes était plus élevé qu'ailleurs au Québec se chiffrant à 35 943 $ comparé à 26 302 $. Par contre, l'écart entre le revenu médian des
  • hommes et des femmes au Québec était de 7 351 $ alors qu'il était plus important dans la région, s'élevant à 18 159 $.
  • Au sein des familles de la région, l'homme est souvent le principal voire le seul pourvoyeur.

1.6 L'éducation

  • En 2008-2009, 93 % des jeunes de la région ont effectué la transition vers les études secondaires à l'âge prescrit, soit 12 ans ou moins, comparativement à 88 % pour l'ensemble du Québec.
  • On remarque que, de façon généralisée, les garçons ont des résultats plus faibles en langue d'enseignement ce qui peut entraîner des difficultés étendues puisque l'ensemble des matières de base requiert ces notions (lecture, compréhension et rédaction).
  • Pour l'année scolaire 2008-2009, le taux annuel de sorties sans diplôme ni qualification (décrocheurs) parmi les sortants est de 15 % dans la région comparativement à 18,4 % pour l'ensemble du Québec.
  • Cependant, lorsque l'on compare cette situation selon le sexe, on remarque que les garçons de la région (20,3 %) décrochent plus que les filles (10,1 %). La même tendance s'observe pour l'ensemble du Québec.
  • (À noter que le taux annuel de sorties sans diplôme ni qualification est calculé selon le nombre d'élèves inscrits au 30 septembre d'une année donnée et qui ne sont pas réinscrits l'année suivante, et ce, sans avoir obtenu de diplôme de scolarité minimale ni qualification. Cet indicateur ne tient donc pas compte du taux de réussite ni de la fréquentation scolaire des élèves.)
  • Comparativement à leurs homologues québécois, les hommes de la région du Nord-du-Québec affichent des taux de scolarité plus bas.

1.7 La consommation d'alcool et de drogue et la dépendance

  • Les hommes consomment de plus grandes quantités d'alcool, s'enivrent plus, sont plus souvent impliqués dans les cas de conduites avec facultés affaiblies.
  • La consommation excessive d'alcool et de drogue fait partie des problèmes les plus fréquemment répertoriés chez la clientèle masculine.
  • Les hommes de la région sont significativement moins nombreux que les hommes de l'ensemble du Québec à n'avoir jamais consommé de drogues (33,6 % contre 48,2 %).
  • La proportion d'anciens consommateurs de drogue chez les hommes dans la région est de 45,4 % alors qu'elle est de 34,6 % chez leurs homologues québécois. On retrouve aussi plus d'hommes de la région (21,0 %) chez les consommateurs actuels que dans l'ensemble de la province (17,2 %).
  • Comparée à l'ensemble du Québec, la proportion de consommateurs actuels est plus élevée et ce, peu importe la tranche d'âge.
  • La plus forte proportion de consommateurs actuels se retrouve chez les 15-24 ans (43 %) ce qui classe le Nord-du-Québec au plus haut rang sur le plan des jeunes consommateurs.
  • Dans la région comme ailleurs dans la province, le cannabis est la drogue la plus répandue.
  • On estime que la consommation d'alcool et de tabac est liée à 28,3 % des décès chez les hommes.
  • Le jeu compulsif est spécifiquement mentionné comme problématique par des informateurs clés de la région.
  • Les hommes auraient 1,5 fois plus de chances que les femmes d'éprouver des problèmes de jeu particulièrement lorsqu'ils sont sous-scolarisés ou isolés socialement.

1.8 La criminalité et la violence

  • Les données régionales existantes sur la violence et la criminalité concernent de façon non distinctive les trois régions sociosanitaires : le Nord-du-Québec, le Nunavik et les Terres cries de la Baie-James. Par souci de représentativité, nous avons choisi de présenter ici les données provinciales, celles-ci étant plus près du portrait typique des Jamésiens.
  • Les taux d'infractions subies dans un contexte de violence conjugale chez les hommes de 18 à 24 ans 66 et de 25 à 29 ans sont respectivement de 120 et 158 pour 100 000.
  • Les hommes sont surreprésentés tant comme victimes que comme agresseurs dans les cas de violence physique. Cette proportion serait encore plus élevée lorsque les actes violents augmentent en sévérité se chiffrant à 5 à 10 hommes pour 1 femme.
  • Les hommes sont plus souvent victimes de morts violentes. Plus de deux fois plus d'hommes que de femmes sont décédés par homicides selon les moyennes annuelles de 1990 à 1999.
  • Au cours de l'an 2000, près de 15 % des victimes de violence conjugale répertoriées par les policiers étaient des hommes. Les hommes auraient été victimes du tiers des homicides conjugaux ayant eu lieu cette même année.
  • Les couples de 18 à 24 ans, ceux en union depuis moins de 2 ans ou ayant des enfants de moins de 7 ans sont ceux au sein desquels on retrouve le plus de violence conjugale.
  • On rapporte qu'environ 1 garçon sur 6 est susceptible d'être victime d'une agression sexuelle au cours de sa vie. Parmi ceux-ci, près de 30 % risquent de devenir à leur tour des agresseurs.
  • Il y aurait une tendance marquée à la minimisation de la violence chez les hommes alors qu'on retrouverait le contraire chez la clientèle féminine.

Besoins identifiés

Engager une réflexion sur :

  • le constat face à la clientèle masculine, ses caractéristiques et ses besoins;
  • les attitudes à adopter et à développer chez l'ensemble des intervenants dans notre société afin que les hommes en difficulté se sentent accueillis et compris;
  • les services nécessaires sur le territoire afin de soutenir les hommes en difficulté dans leurs démarches de prise en charge.

Population cible

Les Jamésiens vivant dans la région sociosanitaire du Nord-du-Québec.

Objectifs et hypothèses

C'est de cette réalité contemporaine que prend source le présent document. Les réalités masculines dans la région sociosanitaire du Nord-du-Québec : Portrait et facteurs d'adaptation se divise en deux sections répondant à deux questions principales : qui sont les hommes de la région et quels sont les facteurs de risque et de protection qui influencent leur adaptation? La première section ayant pour titre Portrait de la réalité masculine dans la région sociosanitaire du Nord-du-Québec se veut un état de situation rassemblant les connaissances actuelles concernant la situation des hommes de notre région par rapport à leurs homologues québécois. Il ne serait pas pertinent de comparer ici les hommes avec les femmes de la région. Cela dit, il s'avère intéressant de mettre le profil des hommes en perspective avec l'environnement et le contexte dans lesquels ils évoluent, de même qu'avec les problématiques qui y sont rencontrées afin de permettre une meilleure compréhension de la réalité des hommes au sein même de la région. La seconde section ayant pour titre Facteurs de risque et de protection liés à l'adaptation des hommes vise à documenter les principales caractéristiques et ressources individuelles et environnementales qui agissent comme facteurs de risque ou de protection pour l'adaptation et le fonctionnement des hommes. Cette section s'inscrit dans un objectif de parfaire la compréhension des réalités masculines qui pourra servir de base à une intervention plus adaptée et efficace auprès de cette clientèle.

Mots-clés

Nord du Québec, santé, statistiques

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