Perceptions des hommes québécois de leurs besoins psychosociaux et de santé ainsi que de leur rapport aux services

Perceptions des hommes québécois de leurs besoins psychosociaux et de santé ainsi que de leur rapport aux services

détails de la fiche synthèse

Réalisée: Jacques Roy Mise en forme: Justin Sirois-Marcil Juillet, 2014

Identité et abandon scolaire selon le genre en milieu scolaire.

Référence complète de l'étude

Roy, J., Bouchard, J., Turcotte, M. A., Tremblay, G. & Blais, D. (2012). Identité et abandon scolaire selon le genre en milieu scolaire. Québec : Cégep Ste‐Foy et Masculinité et Société. Repéré à

Préblématique et cadre théorique

Les différences selon le genre et la quête identitaire de l’étudiant, en lien avec son parcours scolaire, constituent les deux thématiques à partir desquelles a été conduit l’examen du phénomène de l’abandon scolaire au Cégep de Sainte-Foy. Les différences observées selon le genre des étudiants constituent, d’après bon nombre d’écrits, un laboratoire de premier plan pour mieux comprendre l’abandon scolaire. Les garçons seraient deux fois plus nombreux que les filles, en proportion, à abandonner les études par manque d’intérêt scolaire ou en raison du temps consacré à un emploi pendant l’année scolaire, alors que le motif lié aux difficultés scolaires est, en proportion toujours, deux fois plus identifié chez les filles (Roy et al., 2010). Également, l’importance accordée à la réussite des études sur le plan des valeurs, le rôle exercé par le réseau social (présence d’amis désirant abandonner leurs études) et certains facteurs tenant au bien-être personnel de l’étudiant et aux liens familiaux, exerceraient davantage d’influence chez les garçons quant à l’abandon scolaire (Roy et al., 2010). Aussi, le cheminement identitaire de l’étudiant ne serait pas sans interférer en bonne partie sur sa motivation aux études, soit l’un des facteurs-clés pour une meilleure persévérance scolaire selon les écrits recensés. De plus, le champ des valeurs serait, par ailleurs, intimement lié à la construction identitaire de l’étudiant. Or, les valeurs agiraient directement sur la volonté de l’étudiant de poursuivre ou non ses études.

Les concepts « d’identité », de « genre » et « d’abandon scolaire » ont servi de cadre conceptuel à l’étude. Pour les fins de l’étude, la notion d’identité a été définie ainsi : «L’identité est une construction sociale d’auto-reconnaissance chez l’étudiant, qui lui permet de se définir par rapport aux autres». Cette définition s’inspire de l’interactionnisme symbolique pour qui l’identité est considérée comme une réalité instable et mouvante dans le temps, et qui est le résultat d’un processus. Elle accrédite l’importance de considérer l’étudiant comme un sujet, bien sûr conditionné en partie par son milieu, mais pouvant aussi intervenir sur sa propre existence et développer des stratégies dans la réalisation de son identité. L’étudiant est considéré comme un acteur, à savoir un acteur porteur de sens, qui prend des moyens pour donner une orientation à sa vie de cégépien. Ainsi, ses actions, ses attitudes et ses croyances pourront alors être analysées selon la logique de l’acteur.

L’étude a eu recours au concept de genre car il s’apparente aux normes culturelles d’une société qui déterminent des façons d’être, d’agir et de penser ainsi que les sentiments qui apparaissent les plus appropriés pour les femmes et les hommes (Tremblay et al., 2006). Pour les auteurs, le concept est apparu adapté pour l’examen de la question identitaire et celui de la trajectoire scolaire des étudiants.

Enfin, l’étude retient la perspective d’analyse de Tinto (1987) pour qui l’abandon scolaire résulterait principalement d’une interaction entre l’environnement et les caractéristiques de l’individu. Dans la présente recherche, cette perspective théorique offre un cadre général d’analyse permettant de faire intervenir dans l’une et l’autre des composantes (environnement et caractéristiques individuelles) les aspects tenant à la quête identitaire de l’étudiant et à l’appartenance de genre.

Méthodologie de l'étude

Description de la ou des méthodes utilisées

L’étude a eu recours à une formule mixte sur le plan méthodologique, soit un volet quantitatif et un volet qualitatif. Pour le volet quantitatif, une enquête par questionnaires via Omnivox auprès de l’ensemble des étudiants inscrits en première année au Collège a été réalisée à l’automne 2010.  Ce volet a permis de dégager un profil d’ensemble des étudiants, de comparer le portrait de ceux qui sont à risque d’abandon scolaire avec les autres qui ne le sont pas et de déterminer un échantillon de répondants pour des entrevues individuelles, qui ont été effectuées dans le cadre du volet qualitatif de l’étude.

 

Les paramètres suivants composent le questionnaire d’enquête: l’âge et le sexe des étudiants, le Collège comme milieu de vie, les réseaux familial et social, le bien-être personnel, la situation économique et les valeurs des étudiants. En complément au questionnaire d’enquête, une banque de données du système interne du collège a permis de jumeler des informations d’ordre scolaire avec celles du questionnaire. L’abandon scolaire a été apprécié à partir d’une question spécifique dans le questionnaire d’enquête. C’est la variable dépendante. Toutes les analyses statistiques mesurant le degré d’association et de corrélation des variables ont été systématiquement reproduites distinctement, selon le genre des étudiants.

Le volet qualitatif de l’étude, de portée longitudinale, s’est intéressé plus spécifiquement à l’examen des cheminements personnel et scolaire des étudiants ainsi qu’aux dimensions se rapportant à leur quête identitaire en lien avec leur abandon scolaire potentiel. Des entrevues individuelles semi-dirigées ont été conduites auprès d’un échantillon aléatoire d’étudiants qui ont été rencontrés à trois moments, soit à l’hiver 2011, à l’automne 2011 et à l’hiver 2012. Ces étudiants avaient précisé à l’enquête par questionnaires qu’ils songeaient «à l’occasion» ou «sérieusement» à abandonner leurs études en première session ; c’était une condition de participation aux entrevues. Trois schémas d’entrevue ont été conçus pour chacune des trois sessions. L’entrevue a permis d’enregistrer les liens entre les événements recensés au calendrier, le sens et les représentations associés aux changements survenus entre les périodes, les choix effectués, le rapport aux études et au Collège, l’évolution des aspirations identitaires, la perception de soi, le degré de bien-être personnel, les liens avec les différents environnements ainsi que la relation familiale et le soutien parental. La méthode de l’analyse thématique aux fins de condensation, de codage et d’examen du matériel qualitatif a été retenue. L’analyse qualitative thématique a été réalisée en quatre étapes : la préparation du matériel, la pré-analyse, l’exploitation du matériel (codage et catégorisation) a conduit à la description thématisée de la problématique à l’étude et finalement, l’analyse et l’interprétation des résultats. Les distinctions selon le genre ont été mises en priorité dans l’analyse.

Échantillon(s) et période(s) de collecte des données

Pour le volet quantitatif, 1,205 étudiants ont complété le questionnaire d’enquête à l’automne 2010 (400 garçons, 805 filles). Pour le volet qualitatif qui s’est déroulé sur trois sessions (hiver 2011 à hiver 2012), 49 étudiants ont été rencontrés (20 garçons, 29 filles).

Principaux résultats

Des différences selon le genre des étudiants ont été enregistrées dans l’enquête par questionnaire. C’est ainsi que deux dimensions ont surgi de l’analyse des résultats : pour l’essentiel, l’abandon scolaire serait davantage associé à des motifs tenant à la charge de travail, à des difficultés scolaires et à des difficultés personnelles chez les filles, alors que le manque d’intérêt aux études figure en tête de liste des motifs d’abandon chez les garçons. Pour ces derniers, on a pu aussi observer que, sur le plan des valeurs, celle associée à l’importance accordée aux études discriminait davantage les garçons entre eux (entre ceux qui songeaient à abandonner leurs études et les autres) qu’auprès des filles entre elles. Ce constat accrédite, avec d’autres facteurs analysés, l’existence d’une culture globalement plus favorable au monde scolaire chez les filles.

Aussi, le stress résultant d’une pression scolaire est de deux à trois fois plus présent chez les filles et celles-ci sont deux fois plus enclines à se sentir déprimées que les garçons sur le plan personnel. Les filles vont davantage vouloir persévérer que les garçons malgré les obstacles scolaires rencontrés et malgré le stress ainsi occasionné. ; aussi, le sentiment de se sentir déprimé est davantage répandu chez les filles que chez les garçons (du simple au double !), Pour leur part, les garçons sont, en proportion, plus nombreux que les filles à ne pas considérer que les professeurs savent les intéresser. Ce constat converge vers  l’idée que, globalement, les garçons à risque d’abandon scolaire le sont principalement par absence relative d’intérêt pour les études. Enfin, sur le plan des valeurs, celles tenant à la sphère relationnelle (famille, proches, amis) sont plus prégnantes chez les filles ; également, ces dernières considèrent davantage que les garçons que leur réseau social a un effet positif sur leur parcours scolaire. Ces différents résultats accréditeraient les deux modèles compréhensifs développés dans l’étude de Roy et al. (2010), soit un modèle d’engagement de type conformiste chez les filles (en général, ce ne serait pas par absence d’intérêt qu’elles souhaiteraient abandonner leurs études, mais bien parce qu’elles évalueraient trop lourde la charge de travail) et un modèle d’affirmation de type ludique chez les garçons (à l’extrême de ce modèle, on retrouverait des étudiants exprimant un dilettantisme au regard de leur projet scolaire).

L’accompagnement des étudiants à travers des entrevues sur trois sessions a permis d’identifier une tendance lourde chez eux : ils évoluent dans la logique de l’acteur. C’est l’une des principales conclusions de la recherche. De fait, ils n’ont eu de cesse d’ajuster leurs stratégies afin de surmonter les obstacles, principalement rencontrés en première session, et de parvenir à se «faire une place» dans leur programme d’études (bien sûr, ce dernier a pu changer au fil des sessions). Ils ont raconté être fiers d’avoir appris de leur propre expérience et d’avoir trouvé les stratégies pertinentes pour réussir leurs études.

Sur le plan identitaire, ont été noté des évolutions intéressantes chez les étudiants. Notamment, leur identité s’est affirmée progressivement, plus particulièrement, par le fait qu’elle a davantage évolué en harmonie avec leur programme d’études. Un autre signe de la consolidation identitaire : les étudiants  ont rapporté se sentir moins perméables quant à  l’influence de leurs amis, ce qui n’était nullement le cas au secondaire de leur propre aveu, bien au contraire. Certaines distinctions selon le genre sont réapparues dans le volet qualitatif ; il en est ainsi, par exemple, du stress plus accentué chez les filles et de leur propension à faire intervenir des composantes de leurs réseaux sociaux comme point d’appui aux études, comparativement aux garçons.

Besoins identifiés

Trois types de besoins ont été identifiés dans l’étude : 1) Besoin de développer une orientation professionnelle pour soutenir une motivation aux études; 2) Besoin de trouver un équilibre entre les études et la vie personnelle; 3) Besoin de prolonger leur parcours scolaire s’il y a lieu pour compléter un programme d’études d’une manière satisfaisante ou en raison d’un changement d’orientation.

Population cible

Cégépiens inscrits en première session, à l’automne 2010 et issus de la réforme du secondaire

Objectifs et hypothèses

Les objectifs généraux suivants ont été poursuivis dans la recherche : 1) Documenter les trajectoires personnelle et scolaire des filles et des garçons potentiellement à risque d’abandon scolaire selon une perspective identitaire et identifier les facteurs de risque associés à l’abandon scolaire;

2) Identifier des pistes d’intervention selon le genre des étudiants en tenant compte du profil  des étudiants issus de la réforme au secondaire.

Mots-clés

Réussite scolaire, abandon scolaire, réseau collégial, identité, genre

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