Perceptions des hommes québécois de leurs besoins psychosociaux et de santé ainsi que de leur rapport aux services

Perceptions des hommes québécois de leurs besoins psychosociaux et de santé ainsi que de leur rapport aux services

détails de la fiche synthèse

Réalisée: David Guilmette Mise en forme: Justin Sirois-Marcil Juillet, 2014

Le regard de jeunes pères sur leur enfance et leur adolescence.

Référence complète de l'étude

Deslauriers, J.-M. (2012) Le regard de jeunes pères sur leur enfance et leur adolescence. Service social, 58 (1), 12-31. DOI : 10.7202/1010437ar

Préblématique et cadre théorique

La problématique porte sur une exploration de la réalité de jeunes pères au regard de la paternité et des difficultés vécues. Il est souligné que l’on connaît très peu dans la littérature scientifique le point de vue des jeunes pères sur leur propre vie, notamment sur leur passé familial au cours de l’enfance et de l’adolescence (Tuffin, Rouch et Frewin, 2010). La culture héritée de la famille influence les comportements des jeunes dans leurs rapports amoureux et par la suite, leur façon de devenir pères. Les jeunes pères ont plus souvent connu des milieux familiaux difficiles (Furstenberg et Weiss, 2000). Ils proviennent souvent d’une famille de statut socioéconomique bas dont les parents eurent des comportements violents. En fait, les jeunes qui ont des comportements à risque et qui proviennent de milieux défavorisés ont plus de chances que les autres de devenir pères avant l’âge adulte (Kiselica, 2008).

Concernant leur propre expérience de parentalité, la désunion guette les couples adolescents. Selon Charbonneau (1999), le quart des couples âgés de moins de 20 ans sont déjà désunis durant la grossesse. Quoique plusieurs écrits mettent l’accent sur les difficultés des jeunes pères, d’autres nuancent ces données en faisant ressortir leur volonté et leur désir d’améliorer leur vie et de bien exercer leur rôle parental (Ouellet, Milcent et Devault, 2006; Thompson et Walker, 2004). Enfin, le désir des jeunes pères d’être présents pour leur enfant est un thème récurrent dans les résultats de plusieurs recherches.

Méthodologie de l'étude

Étude qualitative longitudinale sur deux ans.  La recherche a porté sur de jeunes pères qui ont été recrutés au CLSC de Gatineau dans le cadre des Services intégrés en périnatalité et pour la petite enfance à l’intention des familles vivant en contexte de vulnérabilité. 30 participants ont été recrutés. Peu de temps après l’annonce de la grossesse (temps 1 de l’étude), 17 participants ont passé une entrevue. Un mois avant la naissance de l’enfant (temps 2 de l’étude), 15 participants ont été rencontrés. Deux mois après la naissance (temps 3 de l’étude), 17 participants et près d’un an après la naissance de l’enfant (temps 4 de l’étude), 26 participants. Au total, 77 entrevues ont été réalisées (sic).

Durant la phase prénatale, les entrevues ont porté sur certains aspects de leur vie : enfance, adolescence, caractéristiques individuelles, vie amoureuse, grossesse, conception de la paternité, soutien de l’entourage et perception de l’avenir. Pour ce qui est de la phase postnatale, les entrevues ont porté surtout sur leur expérience de la paternité, leurs croyances et leurs perceptions face à leur rôle parental, l’expérience émotive qui s’y rattachait, avant et après la grossesse. Les entrevues sont de type semi-structuré, permettant aux jeunes hommes d’aborder les différents aspects à leur rythme et sous l’angle qui leur convenait. Cependant, l’enfance et l’adolescence ont toujours été abordés comme thèmes dans le cadre des entrevues. Le codage des données à l’aide du logiciel NVIVO a permis de regrouper les extraits d’entrevues par catégories, notamment en ce qui concerne les caractéristiques des jeunes pères, leur vie amoureuse avec la mère de leur enfant, leurs perceptions par rapport à la paternité et le soutien dont ils bénéficient. À partir de la méthode de théorisation ancrée, de l’étude de chaque trajectoire de vie a émergé une typologie de perceptions. Les résultats portent sur le temps 1 de cette phase, soit peu de temps après l’annonce de la grossesse.

30 jeunes pères ayant eu un enfant avec une jeune femme de moins de 20 ans. Quatre entretiens ont été réalisés sur une période de deux ans. Les deux années n’ont pas été précisées dans l’article.

Principaux résultats

Tout d'abord, il émerge de cette étude que les liens entre le passé familial de jeunes hommes qui deviennent pères et leur situation comme père sont complexes. Sur les 30 jeunes pères, 11 disent avoir connu une enfance heureuse. Il est à noter  que ceux qui estiment avoir connu une enfance heureuse ont nettement un plus grand nombre d'années scolaires réussies. Ceux qui ont vécu une enfance difficile (7 jeunes pères) ne le disent pas comme tel, mais évoquent avoir vécu de la tristesse et relatent des événements qui les ont affectés, notamment un sentiment d’abandon par l’un de leurs parents. 5 auraient vécu des événements violents plaçant les enfants en situation de survie. Chez la très grande majorité des jeunes hommes rencontrés, le passage à l’adolescence est trouble, faisant place à des comportements marginaux parfois délinquants.

Jusqu’à ce qu’ils apprennent qu’ils allaient devenir pères, ils avaient connu une adolescence tumultueuse dans une très importante proportion. Le décrochage scolaire est le lot d’une proportion importante de l’échantillon, la moyenne étant le 3e secondaire. Certains ont vécu des rapports conflictuels avec l’école.

Les jeunes pères ont généralement peu de soutien de la part de leurs parents. Cependant, ces difficultés semblent servir de moteur d’engagement face à l’enfant naissant. Sortant eux-mêmes à peine de l’adolescence, les manques qu’ils ont vécus stimulent leur désir de faire mieux. L’arrivée de leur enfant ne ravive pas un lien rompu avec leurs parents, mais quand le lien avec leurs parents était existant, il s’en trouve parfois amélioré.

Selon les résultats, le lien de causalité entre une enfance difficile et un passage difficile à l’âge adulte est ténu sur les plans psychosocial, conjugal, socioéconomique et de l’engagement paternel. Ainsi, la paternité deviendrait progressivement un projet (Reeves, 2006). Le sens qu’ils donnent à leur expérience constituerait un important tampon aux diverses tensions vécues. Notamment, le sentiment d’améliorer sa vie, d’avoir des objectifs pour jouer son rôle auprès de son enfant, est une composante du sens de l’expérience des jeunes pères rencontrés. Concernant l’engagement paternel des jeunes pères à l’égard de leur enfant, les résultats montrent que plusieurs jeunes ayant vécu des difficultés familiales importantes sont présents auprès de leur enfant et avaient maintenu un mode de vie stable un an après la naissance de l’enfant. Leur présence auprès de leur enfant est quotidienne, ce qui constitue un facteur crucial d’engagement paternel.

Certains vont banaliser des événements problématiques importants vécus à l’enfance, d’où la difficulté à apprécier ce facteur dans la recherche. Cela serait lié à la socialisation de genre (minimiser les difficultés pour être en contrôle), mais aussi à l’attachement. La qualité de l’attachement jouerait un rôle interprétatif certain selon l’auteur. Il avance l’intérêt de recourir à des outils pour mesurer le degré d’attachement parental des jeunes pères à leurs propres parents pour apporter une meilleure compréhension du discours qu’ils tiennent. Enfin, il est souligné que ces jeunes qui portent un regard neutre ou positif sur leur enfance et qui décrivent un lien positif avec un de leurs parents ou les deux ont néanmoins développé des schèmes de référence, des modes de vie et des comportements marginaux à divers degré. Ce ne serait pas faute d’avoir bénéficié d’un lien très significatif avec au moins un de leurs parents, mais faute d’avoir été guidé de façon plus structurée, ce qui nuit à l’établissement d’un lien sécurisant (Wallis et Steele, 2001). 

Nb. : Dans  l’échantillon, presque tous les jeunes hommes avaient décroché de l'école avant l'avénement de la grossesse, contrairement à ce que rapportent d'autres études qui indiquent plutôt que les jeunes hommes quittent l'école pour aller travailler.

Besoins identifiés

Importance sur le plan de l’intervention de trouver un dosage entre l’importance d’être à l’affût des facteurs de vulnérabilité, et celle de reconnaître les gestes que les jeunes pères posent pour passer de l’étape d’adolescence, ou de très jeune adulte, à celle de père. (Problème de culture entre intervenant et usager). Question : qui définit la norme en matière de paternité? La réponse à cette question a un impact sur l’intervention (liens avec approche salutogène).

Population cible

Jeunes pères ayant eu un enfant avec une jeune femme de moins de 20 ans.

Objectifs et hypothèses

Connaître le point de vue de jeunes pères ayant eu un enfant avec une jeune femme de moins de 20 ans, sur leur enfance, leur adolescence, jusqu’à leur paternité pour situer celle-ci dans leur trajectoire de vie.

Mots-clés

Jeune père, enfance, adolescence, transition familiale, engagement paternel, persévérance scolaire

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