Perceptions des hommes québécois de leurs besoins psychosociaux et de santé ainsi que de leur rapport aux services

Perceptions des hommes québécois de leurs besoins psychosociaux et de santé ainsi que de leur rapport aux services

détails de la fiche synthèse

Réalisée: David Guilmette Mise en forme: Justin Sirois-Marcil Juillet, 2014

Consommer pour oublier : Une étude de la consommation d’alcool et de drogues des étudiants suite à la fusillade de Dawson.

Référence complète de l'étude

Dugal, N., Guay, S., Boyer, R., Lesage, A., Bleau, P. & Séguin, M. (2012). Consommer pour oublier : Une étude de la consommation d’alcool et de drogues des étudiants suite à la fusillade de Dawson. Revue Canadienne de Psychiatrie, 57 (4), 245‐253. Repéré à https://papyrus.bib.umontreal.ca/xmlui/bitstream/handle/1866/5886/Dugal_Natasha_2011_memoire.pdf;jsessionid=F652C4C9F8B937950F1496924B0EBE37?sequence=2

Préblématique et cadre théorique

Le 13 septembre 2006, un jeune homme armé entre dans le Collège Dawson de Montréal. Il se met alors à tirer des coups de feu au hasard sur des étudiants situés dans la cafétéria, des professeurs et des employés de soutien. II tue une étudiante et blesse gravement 19 autres  personnes avant de se donner la mort. L'évacuation des victimes en état de choc durera plusieurs heures et huit d'entre elles étaient toujours dans un état critique le lendemain 1. Les victimes et témoins d'IVM sont à haut risque de vivre de multiples conséquences de ces événements. Les études rapportent principalement des conséquences sur la santé mentale des individus, incluant la détresse psychologique2,3 et l'ESPT dont les taux peuvent fluctuer entre 6 % et 30 % selon les études4-10. Bien que cet aspect ait été beaucoup moins étudié, les victimes et témoins d'un IVM peuvent également accroître leur consommation d'alcool ou de drogues5, 11 suite à celui-ci, parfois jusqu'à un seuil de consommation problématique, ou à un TUS, qui peut consister en un abus ou en une dépendance à une substance psychoactive DSP12.

                                                                                                                          

Plusieurs facteurs importants doivent être pris en compte pour étudier et comprendre la consommation de substances observée suite à un IVM. En premier lieu se trouve la sévérité de l'exposition à un IVM4, 10, 13 bien qu'un haut niveau de détresse et des symptômes d'ESPT puissent également se produire chez les personnes qui ne sont pas les plus sévèrement exposées9, 14. Plusieurs études suggèrent par ailleurs que la sévérité d'exposition12, ainsi que l'exposition à la mutilation et à la mort atroce seraient fortement associées à une comorbidité TUS-ESPT13,15,16. Les troubles antécédents et cooccurrents des individus touchés sont également importants à considérer. Les études révèlent que les individus présentant des antécédents psychiatriques de troubles anxieux ou affectifs, ou encore des antécédents de violence au moment d'un événement traumatique, seront plus vulnérables au développement de problèmes de santé mentale, incluant les TUS5, 15, 17. Il en est de même pour les troubles cooccurrents qui peuvent être reliés à la présence d'un TUS18. En effet, les TUS se développent plus fréquemment en cooccurrence avec d'autres troubles de santé mentale suite à un événement traumatique, dont le plus connu est l'ESPT19-23. Une étude récente auprès d'un échantillon représentatif de 34 653 Américains suggère que l'ESPT serait le trouble anxieux entraînant le plus haut taux de consommation de substances24. La relation entre l'ESPT et le TUS est complexe et la présence de l'un des troubles augmente les risques de développer le deuxième25-29, ce qui peut être expliqué par plusieurs mécanismes30. Toutefois, l'hypothèse qui détient le plus d'appuis empiriques est celle de l'automédication des symptômes26, 28, 30, 31. Plusieurs études ont trouvé de fortes associations entre la consommation d'alcool ou de drogues de type dépresseurs du système nerveux central avec les symptômes d'activation neurovégétative30,32,33, d'évitement et d'émoussement des affects32-34. Les symptômes de reviviscence, quant à eux, pourraient être davantage corrélés avec la consommation d'autres drogues, comme les opiacés30ou la marijuana35.

 

Un dernier facteur à considérer est le sexe des individus avec toutes les différences qu'il implique. Outre le fait que les femmes sont deux fois plus à risque de développer un ESPT, les résultats concernant les différences entre hommes et femmes sont incohérents, notamment sur le plan de la spécificité et l'ampleur des difficultés développées suite à un IVM2, 15, 36, 37 et du risque différentiel de développer un TUS ou d'auto-médicamenter les symptômes d'ESPT24, 28, 38-40. Les étudiants de niveau collégial tendent à être en meilleure santé et à avoir davantage de facteurs de protection en général pour faire face à des désastres, comparativement aux adultes plus âgés ou aux enfants41. Examiner la relation entre un tel événement traumatique et les conséquences sur la santé dans cette population est particulièrement pertinent pour comprendre l'éventail et l'intensité de l'impact de ce type d'IVM14. Par ailleurs, les jeunes adultes représentent le groupe le plus à risque d'abus de substances psychoactives34, 42, d'où l'intérêt d'explorer cet aspect suite à un IVM. Cette étude fait partie d'une recherche de grande envergure qui a été réalisée afin d'évaluer pour la première fois les répercussions de la fusillade au Collège Dawson sur les étudiants. Les résultats préliminaires de cette étude révèlent déjà des conséquences importantes de la fusillade sur la santé mentale des individus43.

Méthodologie de l'étude

Description de la ou des méthodes utilisées

La collecte des données a été menée à l'aide de plusieurs questionnaires validés. […] Composite International Diagnostic Interview, Posttraumatic Stress Disorder Checklist Scale, Échelle de sévérité d'exposition à la fusillade, Questionnaires tirés de l'ESCC.

Échantillon(s) et période(s) de collecte des données

La population de référence à l'étude est composée de l'ensemble des étudiants inscrits au Collège Dawson {n = 8779) au moment de la fusillade. Les étudiants ont été informés de l'étude par courrier et la passation du questionnaire s'est faite 18 mois après la fusillade, directement sur ordinateur, dans une salle de classe ou sur Internet au moyen d'un site web sécurisé. […] Au total, 854 répondants furent recrutés parmi les étudiants, dont 364 hommes et 490 femmes.

Principaux résultats

Incidence d'une dépendance à l'alcool ou aux drogues suite à la fusillade et précurseurs associés : Dans l’échantillon, 78 % des hommes et des femmes étaient présents sur les lieux au moment de la fusillade et près de 30 % ont vu quelqu'un être blessé par le tireur. L'âge moyen de l'échantillon est de 21,28 ans. Le nombre moyen de consommations d'alcool au cours de la semaine précédant l'étude est de 8,98 pour les hommes (ET = 8,42) et de 6,70 chez les femmes (ET = 7,42); 7,3 % des hommes et 4,9 % des femmes ont développé pour la première fois de leur vie une DSP (alors que les taux de prévalence depuis la fusillade sont de 13,4 % chez les hommes et 10 % chez les femmes). Pour ce qui est des antécédents ou de la cooccurrence, près de 15 % des hommes et 22 % des femmes ont déjà présenté un épisode dépressif majeur, 18 % des hommes et 25 % des femmes ont déjà eu des pensées suicidaires, 40 % des hommes et 27 % des femmes ont déjà démontré des comportements d'agressivité au cours de leur vie et le trouble anxieux le plus prévalent à vie est l'attaque de panique, avec des taux de 16 % chez les hommes et de 27 % chez les femmes […].

La consommation d'alcool de la dernière semaine est-elle associée à la présence de symptômes d'ESPT liés à la fusillade lors du dernier mois précédant l'étude?  Des analyses de corrélation ont été effectuées afin d'évaluer si le nombre de consommations d'alcool durant la dernière semaine pouvait être associé à l'intensité des symptômes d'ESPT. […] Les différents symptômes ont été divisés en trois groupes, soit la sévérité des symptômes de reviviscence, d'évitement et d'émoussement des affects, et d'activation (correspondant respectivement aux critères B, C et D du DSM-IV-TR44). Chez les hommes, tous les groupes de symptômes semblent associés au nombre de consommations d'alcool. Chez les femmes, seuls les groupes de symptômes d'activation et ceux d'évitement et d'émoussement des affects sont significativement liés au niveau de consommation. Des analyses de régressions multiples de type pas à pas ont ensuite été utilisées pour déterminer lesquels de ces groupes de symptômes permettent de prédire la consommation d'alcool. Pour les hommes, il s'agit du groupe de symptômes d'évitement et d'émoussement des affects alors que pour les femmes, ce sont les symptômes d'activation qui prédisent le mieux la consommation d'alcool. Bien que significatifs, ces modèles ne parviennent toutefois qu'à prédire un très faible pourcentage de la variance du nombre de consommations prises, soit de 5,4 % chez les hommes et 2,1 % chez les femmes.

Discussion : Le premier objectif de cette étude était d'étudier l'incidence de la dépendance à l'alcool ou aux drogues chez les étudiants exposés à la fusillade du Collège Dawson dans les 18 mois suivant celle-ci. Cinq pour cent des femmes et 7 % des hommes présentent pour la première fois de leur vie un problème de DSP suite à la fusillade de Dawson. Le deuxième objectif était d'identifier les précurseurs du développement d'une DSP. Pour les hommes, le fait d'avoir 19 ans et moins, la présence de pensées suicidaires au cours de leur vie ainsi que le fait d'avoir vu le tireur au moment de la fusillade sont les principaux précurseurs identifiés. Pour les femmes, aucune des variables à l'étude ne permet de prédire l'incidence d'une DSP suite à la fusillade. Le troisième objectif de l'étude était d'examiner si la consommation d'alcool 18 mois après les événements est en lien avec les différents groupes de symptômes d'état de stress post-traumatique. Encore une fois, les hommes et les femmes se distinguent puisque ce sont les symptômes de type évitement et émoussement des affects qui prédisent la consommation d'alcool chez les hommes, alors que ce sont les symptômes d'activation qui prédisent la consommation d'alcool de la femme.

Incidence : La fusillade de Dawson aura fait augmenter de manière considérable le pourcentage d'étudiants qui présentent une DSP. Statistique Canada ne rapporte pas de pourcentage d'incidence de DSP sur une période de 18 mois. Toutefois, dans son enquête de 2002, Statistique Canada rapporte, dans la population canadienne, des prévalences de DSP au cours de la dernière année qui sont de 5,6 % chez les 15 à 19 ans, de 8,6 % chez les 20 à 24 ans, et de 3,6 % chez les 25 à 34 ans42.Les prévalences de DSP au cours des 18 derniers mois de notre échantillon semblent plus élevées, soit de 13,4 % chez les hommes et 10 % chez les femmes.

Précurseurs de l'incidence : Les hommes et les femmes se différencient quant aux précurseurs de l'incidence d'une DSP suite à la fusillade. Du côté des hommes, les plus jeunes sont les plus vulnérables au développement d'une DSP suite à la fusillade. Étant plus près de l'adolescence, ces jeunes auraient possiblement davantage tendance à réagir à un IVM par des comportements d'extériorisation, dont la consommation abusive de substances psychoactives41, 48 . De plus, la suicidabilité avait été reliée à la consommation de substances dans plusieurs études49, dont aucune ne soulignait toutefois un lien plus fort chez les hommes. Au contraire, ces études reliaient davantage la suicidabilité et les TUS aux femmes50,51. Le fait que la suicidabilité, comme précurseur de la DSP dans notre étude, comprenne à la fois son antériorité à Dawson ainsi que sa cooccurrence à la dépendance pourrait expliquer cette différence. Il s'avère toutefois difficile d'évoquer des hypothèses explicatives. La seule variable reliée à la sévérité de l'exposition à la fusillade qui permet de prédire une DSP chez les hommes est celle d'avoir vu le tireur lors de la fusillade. La littérature a établi un lien direct entre la sévérité du trauma et, plus spécifiquement, les TUS et l'exposition à la mutilation et à la mort atroce durant un événement traumatique13, 16, 52, 53. Le fait d'avoir vu le tireur ne peut certes pas se définir comme une exposition à la mutilation et à la mort atroce, mais pourrait effectivement engendrer ce qu'on pourrait appeler une vision d'horreur. Dans les deux cas, une exposition réelle ou directe à la menace semble jouer un rôle primordial dans le développement d'un trouble de consommation de substance chez les hommes. Cela ne serait pas le cas chez les femmes pour qui aucun des précurseurs étudiés ne s'est avéré lié au développement d'une DSP suite à la fusillade. Les résultats d'une recension suggèrent que les risques de développement d'une psychopathologie, la DSP dans notre cas, découlerait davantage d'une réponse émotionnelle aiguë à l'événement que de la sévérité objective de l'exposition à L’IVM 23, 37, 41, 54. Les facteurs de risque de développer une DSP chez les femmes pourraient impliquer des variables non mesurées dans la présente étude, telle une plus forte perception de la menace, une insuffisance des ressources de soutien social et des réactions psychobiologiques plus aiguës55. La présence d'une DSP chez la femme pourrait également être reliée à un diagnostic de l'axe II qui n'a pas été mesuré dans cette étude56. Un autre résultat intéressant repose sur le fait qu'avoir été présent dans le collège au moment de la fusillade n'est pas un précurseur déterminant de l'incidence d'une DSP. Ces résultats concordent avec les hypothèses et études soulignant qu'un traumatisme vicariant pourrait résulter d'une exposition indirecte à un trauma5, 57-61.

Variables associées à la consommation actuelle : Les résultats concordent avec les études qui rapportent que ce sont surtout les symptômes d'activation et d'évitement/ émoussement qui sont associés à la consommation d'alcool30, 32-34, 48. Qu'en est-il alors des symptômes de reviviscence ? Toujours en concordance avec les études, il se pourrait que ce soit d'autres drogues ou médicaments qui soient privilégiés plutôt que l'alcool afin de réduire ou d'annihiler la mémoire traumatique de l'événement ainsi que les autres symptômes de reviviscence comme les cauchemars ou flashbacks30, et ceci serait particulièrement vrai pour les femmes. La consommation d'alcool 18 mois après la fusillade ne serait pas expliquée par les mêmes symptômes d'ESPT selon le sexe. Selon les auteurs, peu d'études avaient comparé les hommes et les femmes quant aux différents symptômes d'ESPT associés à la consommation d'alcool. Au contraire, certaines études ont trouvé qu'il n'existerait pas de telles différences entre les hommes et les femmes33.

Chez les étudiants du collège Dawson ayant participé à cette étude, les hommes semblent consommer davantage pour atténuer leurs symptômes d'évitement et d'émoussements des affects. Ces résultats corroborent ceux constatés auprès des jeunes hommes militaires34. Du côté des femmes, celles-ci consommeraient davantage pour soulager des symptômes traduisant une activation neurologique indésirable, comme une hyper-vigilance ou une irritabilité. Certaines études ont également trouvé que ces symptômes chez les femmes pouvaient mener à d'autres comportements autodestructeurs comme le suicide62, 63. D'un point de vue théorique, ces résultats portent à croire que l'automédication des symptômes d'ESPT est une explication plausible des comportements de consommation d'alcool suite à la fusillade. Toutefois, en raison des faibles taux de variance expliquée, il est probable qu'un certain nombre d'autres variables que celles prises en considération dans cette étude soient enjeu, comme le soutien social15 ou encore les pertes vécues lors du trauma3, 64.

Besoins identifiés

La principale retombée de l'étude est de souligner l'importance de considérer le sexe des individus pour étudier leur consommation de substances psychoactives suite à un traumatisme.

Population cible

La population à l'étude est composée de l'ensemble des étudiants du Collège Dawson au moment de l'événement. Les analyses ont été faites auprès de 854 étudiants inscrits au Collège au moment de la fusillade.

Objectifs et hypothèses

Étudier l'incidence de la dépendance à l'alcool ou aux drogues chez les étudiants exposés à la fusillade du Collège Dawson dans les 18 mois suivant celle-ci, identifier les précurseurs du développement d'une dépendance à une substance psychoactive en tenant compte de la sévérité d'exposition à l'événement, et examiner si la consommation d'alcool 18 mois après les événements est en lien avec les différents groupes de symptômes d'état de stress post-traumatique (ESPT).

Mots-clés

Trauma de masse, fusillade, consommation de substance, état de stress post-traumatique, différences de sexe

Version PDF

Télécharger