Perceptions des hommes québécois de leurs besoins psychosociaux et de santé ainsi que de leur rapport aux services

Perceptions des hommes québécois de leurs besoins psychosociaux et de santé ainsi que de leur rapport aux services

détails de la fiche synthèse

Réalisée: David Guilmette Mise en forme: Justin Sirois-Marcil Juillet, 2014

Rencontre en ligne et comportements à risque chez les HARSAH au Québec.

Référence complète de l'étude

Léobon, A. & Drouin, M.C. (2008). Rencontre en ligne et comportements à risque chez les HARSAH au Québec. Montréal : Net Gay Baromètre québécois. Repéré à http://www.gaystudies.org/NGB2008QC/ACFAS_NGBQC.pdf

Préblématique et cadre théorique

Au cours de la dernière décennie, Internet a pris une place importante dans les réseaux de sociabilité privilégiés par les hommes gais qui ont trouvé dans des communautés en ligne un nouvel « entre soi » permettant d’échapper aux pressions normatives (Weinrich, 1997). Le réseau a manifestement transformé la façon dont les homosexuel(le)s communiquent, se rencontrent et interagissent les uns avec les autres (Haag & Chang, 1997). De nombreuses études documentent, dès la fin des années 1990 (Cooper. & Sportolari, 1998), les divers types de relations recherchées sur la toile gaie : partenaire stable, partenaires sexuels réguliers ou rencontres épisodiques et anonymes (Bull & McFarlane, 2000).

La médiation par ordinateur s’effectue par le biais de salons de discussions, de systèmes de messageries instantanées, de sites web proposant des recherches sur la base d’un annuaire de profils ou d’annonces personnelles, et, depuis peu, par le biais de salons de webcams regroupant des centaines d’usagers. Peu couteux et accessibles en tout temps, les services de rencontres en ligne ont assuré un caractère anonyme, privatif et sécuritaire qui fut en grande partie à l’origine de leur succès (Leiblum, 1997). Cependant, l’arrivée récente du Web2 déroge quelque peu à ce climat « protecteur » en conduisant l’internaute à dévoiler des pans de sa vie sociale ou intime. En effet, favorisant le développement de réseaux sociaux, ces sites permettent d’afficher, souvent publiquement, son environnement relationnel constitué d’amis proches ou inconnus aux intérêts ou connaissances communs. En offrant ainsi une large gamme de services de rencontre aux hommes gays, le cyberespace est donc devenu une alternative ou plutôt un espace supplémentaire (Léobon, 2007) aux lieux de rencontres traditionnels (commerciaux, associatifs ou publics). Dans la poursuite du sexe, de l’amour et de l’amitié, le réseau devient « le lieu à fréquenter » pour développer ou maintenir des relations avec des partenaires tant occasionnels que réguliers (Léobon, 2009). En effet, des enquêtes suggèrent qu’entre 32 et 57 % des hommes gais et bisexuels des pays occidentaux, recrutés hors ligne, ont rencontré des partenaires sexuels en ligne (Benotsch, Kalichman, & Cage, 2002; Kim, Kent, McFarlane, & Klausner, 2001; Mettey, Crosby, DiClemente, & Holgrave, 2003; Weatherburn, Hickson, & Reid, 2003) alors que cette proportion est encore

plus grande lorsque les échantillons sont recrutés en ligne (79.8% dans Bull, 2001; 97.0% dans Bull, McFarlane, Lloyd, & Reitmeijer, 2004, 96,4% Léobon, 2007). Les récents baromètres (Léobon, 2009) montrent, tant qu’à eux, une distribution du nombre de partenaires occasionnels (déclarés dans l’année) équitablement répartie entre ceux, issus d’un contact en ligne, et ceux amenés par la fréquentation du milieu gay ou d’autres environnements. Les bénéfices de l’usage d’Internet sont tangibles et rapportés par de nombreuses études. Par exemple, Brown et coll. (2005) démontrent qu’Internet agit comme un outil de socialisation, permettant aux individus de partager des expériences et d’acquérir des habiletés au regard de la communauté homosexuelle sur le plan culturel, des modes de vies, des territoires, des pratiques et scripts sexuels ou de la visibilité de sousgroupe minoritaires (Hiller & Harrison, 2007 ; Sander, 2008). Cependant, le cyberespace ne présente pas que des avantages pour ceux qui le pratiquent. En plus de contribuer à une perte de temps et à l’évasion de la vie réelle (Hillier, Kurdas et Horsley, 2001), Engler et al. (2005) signalent, par exemple, que l’usage des sites de rencontre en ligne semble avoir modifié la sexualité de certains répondants au niveau de son intensité, mais aussi de la nature de ses activités dont certaines peuvent devenir problématiques (objectivation sexuelle, sexe impersonnel ou compulsif, etc.). D’autres travaux signalent que les minorités sexuelles sont plus sujettes à développer une sexualité compulsive (Cooper, Delmonico, & Burg, 2000). Corroborant ces résultats, près d’un cinquième des hommes utilisant des salons de discussion rapportent une dépendance à leur usage (Bolding et coll., 2004) alors que 39,6 % des répondants français du Net gay Baromètre 2006 (Léobon & Frigault, 2006) sont plutôt d’accord ou tout à fait d’accord avec le fait de se sentir dépendants à la sexualité sur le web.

Par ailleurs, Internet, considéré comme un exutoire sexuel efficace, anonyme, diversifié et faiblement régulé est souvent comparé aux saunas, sexe-clubs où à d’autres lieux chargés sexuellement facilitant les rencontres anonymes et pouvant favoriser la propagation du VIH (Alvear, 1999; Chiasson et coll., 2003; Lipton, 1996; Schwartz & Southern, 2000). Le réseau est ainsi présenté comme un environnement à risque (Tikkanen Ross, 2003) exposant les hommes les plus actifs dans leur recherche de partenaires à des rapports possiblement non protégés. Les analyses ont cependant démontré que, si certains sous-groupes d’utilisateur des sites de rencontre sont significativement plus enclins à prendre des risques, la majorité des répondants des Net Gay Baromètres déclarent maintenir des comportements sécuritaires (Léobon & Frigault, 2008). Certaines études contestent donc l’association entre « Internet et risque », suggérant que peu de données confirment que le réseau présente de plus grands dangers au regard du VIH et des ITS que tout autre lieu de rencontre (Hospers et coll., 2005; Ross et coll., 2000 ; Chiasson et coll., 2007, Cumming et coll. 2003; Hurley, 2003; Weatherburn et coll., 2003). Cependant, en recentrant l’analyse sur certaines communautés en lignes, d’autres auteurs affirment qu’Internet peut faciliter la recherche et la négociation de prises de risque délibérées favorisant alors la transmission des ITS (Klausner et coll., 2000, McFarlane, Bull et Rietmejer, 2000; Bull et McFarlane, 2000; Elford et coll., 2001), même si des processus de sérotriage ou de sérochoix sont développés par les internautes pour réduire le risque de transmission du VIH (Léobon & Frigault, 2007, Davis & al, 2006). Enfin, la plupart des études soulignent que la recherche active de partenaires en ligne aboutit à des opportunités de rencontres sexuelles effectives et nombreuses (Hospers et al., 2005 ; Adam P., De WiT J., 2004), cette « efficacité » pouvant expliquer que certains groupes internautes rapportent davantage de prises de risque (Bolding, Davis, Hart, Sherr & Elford, 2005 ; Tikkanen et Ross, 2003 ; Elford et coll., 2004). Citons, par exemple, les hommes séropositifs qui ont pu développer et s’approprier sur la toile de nouveaux territoires de socialisations (Leobon & Frigault 2007). Par ailleurs, le fait de privilégier Internet comme lieu de « drague » a été significativement associé à la rencontre d’un plus grand nombre de partenaires, à une plus forte probabilité de rencontrer des hommes séropositifs, à une pratique plus grande du sexe anal et à un usage plus élevé de méthamphétamine (Benotsch et coll. 2004; Liau et coll. 2006; Rosser et coll. 2007b).

Internet : lieu de production de nouveaux territoires de socialisation

Alors qu’en France, l’Enquête Presse Gay 2004 (Velter, 2007) nous apprend que près de 70% des gays fréquentent Internet pour rencontrer des partenaires, les Net Gay baromètres 2004 et 2006 (Léobon & Frigault, 2007, 2008) confirment que le réseau arrive en tête des lieux fréquentés par les répondants et crée des opportunités de rencontres s’organisant dans des registres sociosexuels diversifiés. Rejoignant d’autres études, les baromètres indiquent que le niveau de prises de risque associé à l’usage des sites de rencontres varie de manière importante en fonction du site de référence, du statut sérologique des répondants et des cultures de sexe associées. La question de l’intervention en ligne semble donc centrale et pourrait se distinguer de celle développée sur les terrains traditionnels. Par ailleurs, rejoignant les débats d’opinions autour du relâchement préventif des gays, on constate que la négociation de pratiques explicitement non protégées était facilitée sur la toile. Au regard des dynamiques d’appropriation sans précédent de certaines communautés en ligne, les auteurs sont convaincus qu’Internet présente, en tant que territoire de socialisation, des enjeux renouvelés en matière de bien-être et de santé imposant l’évaluation régulière de ses usages, au même titre que le sont les espaces traditionnels de rencontre entre hommes.

Contexte de reconduction des Net Gay Baromètres français et québécois

Depuis 2003, les Net Gay Baromètre, réalisés par le CNRS et l’Université du Québec à Montréal (UQÀM), ont permis d’interroger, en France et au Québec, les internautes de sites considérés comme majeurs et représentatifs de la population homo et bisexuelle masculine et de ses sous-cultures sur des questions de prises de risque VIH/Sida accidentelles ou intentionnelles. Les sondages français et québécois ont été renouvelés en 2008 et 2009 pour respecter une même temporalité mais surtout se voir synchronisées avec les enquêtes de terrain visant la population homosexuelles masculine dans les établissements commerciaux. Les résultats des précédentes enquêtes ont conduits à améliorer la configuration des sondages, en particulier sur l’aspect dynamique de leur programmation. De nouveaux sujets se sont aussi imposés pour répondre à des problématiques plus globales de santé propres aux hommes gays.

Méthodologie de l'étude

Description de la ou des méthodes utilisées

Les sondages reposent sur des questionnaires auto administrés, hébergés sur les serveurs de l’UQÀM, et présentant entre 20 et 50 écrans, selon les réponses apportées par le répondant (questionnaire dynamique).

Échantillon(s) et période(s) de collecte des données

Les analyses présentées ici concernent un échantillon retenu de près de 4000 répondants masculins âgés de 18 ans ou plus, utilisateurs d’Internet à des fins sociales, sentimentales ou sexuelles et ayant développé une attirance ou des relations sexuelles avec des personnes de leur sexe. Leur participation a été sollicitée par l’intermédiaire de bannières et des courriels types (mailings) qui furent proposés aux principaux éditeurs de sites de rencontre gays québécois (essentiellement francophones). Plus précisément, la promotion du sondage s’est faite par biais de messages et de mailings sur le portail QCBOY, La Gang IRC et la version en ligne du magazine Le Fugues, les autres sites (Gay411, Gaysexe et Priape) ayant proposé de placer des bannières permettant aux internautes de se connecter anonymement. Les liens associés à ces publicités différaient par un Identifiant (ID), permettant ainsi de connaître le site de provenance des répondants. L’enquête en ligne fut menée entre la mi-décembre 2007 à la mi-mai 2008. Le sondage a été publié et ses données extraites par le biais d’une interface web basée sur les technologies PHP/MySQL, les serveurs de l’UQÀM stockant les données collectées. Le questionnaire était proposé en ligne uniquement. Il fut construit à partir d’une application permettant de saisir en ligne les diverses questions, de leurs assigner des contraintes, d’introduire diverses échelles, de gérer des sauts de section, puis de publier en HTML le questionnaire. Les données, transférées en format usuel de tabulateur furent ensuite analysées à dans le logiciel d’analyse statistique SPSS pour Macintosh.

Principaux résultats

Discussion

Le sondage, publicisé sur les principaux sites de rencontres gais québécois a touché un public diversifié, tant sur le plan sociodémographique que sociosexuel. Il a permis de questionner les internautes sur leurs usages de la toile, sur les rencontres et la sexualité qu’ils développent en ligne. L’analyse dégage un portrait des contextes, des motivations d’usage et des impacts du réseau. Par exemple, 3/4 des répondants déclarent y rencontrer des partenaires occasionnels alors que la moitié d’entre eux sont engagés dans une relation de couple, ce partenaire stable ayant été, lui aussi, rencontré sur la toile pour la moitié d’entre eux. Si les répondants fréquentent bien la toile pour y faire des rencontres, l’espace traditionnel n’est pas pour autant abandonné amenant des relations/partages entre « le milieu gay » et services de rencontres et de socialisations en ligne. La recherche d’expériences érotique est aussi une donnée importante dans l’usage de la toile, cet aspect arrivant en second rang dans les motivations d’usage. De nouvelles formes relationnelles, culturelles et corporelles soutenues par des relations de « téléprésence » favorisent ces échanges érotiques qui s’adossent à aux habitudes traditionnelles de fantaisies et de rencontre des hommes gais.

Perçu positivement par près de 70% des répondants, le réseau favorise les liens sociaux, permet de tisser des relations stables ou de couple, de rencontrer des partenaires sexuels et de développer de nouvelles pratiques ou habiletés. Si l’étude permet de cerner les usages sexuels du réseau (nombre de partenaires rencontrés en ligne, conduites sexuelles réalisées), elle questionne aussi les comportements à risque sur le plan de la transmission du VIH et des autres IST et montre des stratégies de réduction des méfaits lors de relations anales non protégées (séro-adaptation, durée de la relation, etc.).

Résultats

Au cours de cette période, 5500 visites du baromètre ont été enregistrées et 3718 furent complétées à plus de 95% avec moins de 5 erreurs. En fait, près de 50% des répondants (1788) proviennent du portail de rencontre Qcboy, 722 de Gay411, 575 de la Gang IRC, 381 des abonnés à la mailing-liste du Fugues, et 249 du chat de Priape.

Profil sociodémographique des répondants

Les répondants sont âgés de 18 à 82 ans, l’âge moyen étant de 36 ans. On relève que 28.8% des répondants ont moins de 25 ans, alors que 19% ont entre 25 à 35 ans. 21.1% entre 36 à 45 ans; 20,4 % entre 46 à 55 ans et 10,7 % ont plus de 55 ans.

[…] La grande majorité des répondants sont nés au Québec, bien qu’un répondant sur dix (9,8%) soit né à l’étranger. Sur le plan de leur éducation, les répondants se distribuent assez équitablement, plus du tiers ont une formation universitaire. Plus de la moitié des répondants déclarent un revenu annuel supérieur à 30.000$. Au cours des 12 derniers mois, 46,2 % des répondants furent engagés dans une relation stable avec un homme. Parmi eux, si plus de la moitié (51,2 %) ont rencontré leur partenaire stable par l’intermédiaire d’Internet, 12,8% déclarent que cette relation stable a duré plusieurs semaines, 27,0% pendant plusieurs mois et 60,2% plus d’un an, 65,5 % rapportant que cette relation durait toujours au moment de remplir le questionnaire. La majorité des répondants (81,0 %) se présentent comme homosexuels, 16,1 % comme bisexuels, 0,5 % comme hétérosexuels alors que 1,3 % refuse de se définir par rapport à sa sexualité et que 1,0% se définissent dans une catégorie « autre ». Si plus de la moitié des répondants résident en région (57,9%), une forte proportion déclare habiter dans la région métropolitaine de Montréal. Les répondants de Montréal sont plus nombreux à avoir plus de 25ans (74,6% vs 68,5% ; χ2(1)=1.532 ; p=0.0001) et se définissent plus souvent comme homosexuels (84,6% vs 78,6% ; χ2(4)=3.473; p=0.0001).

La place et l’usage de la toile face aux espaces de rencontre traditionnels

Les participants rapportent fréquenter le milieu gai de leur ville ou « le village » régulièrement dans 15,7% des cas, occasionnellement dans 46,7% des cas alors que 37,6% des répondants disent ne pas fréquenter le milieu gay. […] Si Internet (lieu de recrutement des répondants) arrive, très logiquement, en tête des espaces fréquentés, les autres lieux de rencontres ou de socialisation ne sont pour autant pas ignorés : les bars et espaces conviviaux arrivent en second, suivis des lieux plus chargés sexuellement, le secteur associatif et de soutien communautaire gardant une position honorable (tableau 2). Notons que la majorité des répondants (87,5%) utilisent Internet depuis 4 ans ou plus, 9.0 % depuis 1 à 3 ans, 3,4% l’utilisent depuis moins de douze mois. Le nombre d’heures d’utilisation d’Internet hebdomadaire est de près de 20 heures en moyenne (19,57 Heures). Questionnés sur leur perception de l’impact du réseau sur leurs rencontres sociales ou sexuelles seuls 13,1 % des répondants rapportent des effets négatifs, alors que plus de la moitié (69,2 %) rapportent des effets positifs. Sur leur sentiment de dépendance aux interactions en ligne, à la pornographie ou au cybersexe, 41,0% étaient plutôt d’accord ou entièrement d’accord pour dire qu’ils sont dépendants aux interactions en ligne et 37,5% rapportent qu’ils étaient plutôt d’accord ou entièrement d’accord pour affirmer qu’ils sont dépendants à la pornographie ou au cybersexe.

Le niveau de préoccupation semble s’accentuer pour les répondants utilisant le plus intensément le réseau. Plus les répondants passent de temps sur Internet, plus ils affirment avoir des ennuis financier (χ2(3)=1.988 ; p=0,0001), des ennuis au travail (χ2(3)=1.140 ; p=0,01), la difficulté à trouver quelqu’un à qui démontrer de l’attention (χ2(3)=3,369; p=0,0001), de la difficulté à trouver un partenaire (χ2(3)=8.497; p=0,037), de la difficulté à vivre l’éloignement d’un être cher (χ2(3)=1.121 ; p=0,011). Le temps en ligne se trouve aussi associé à certaines difficultés psychologiques telles que des idées suicidaires (χ2(3)=2,370; p=0,0001), la solitude (χ2(3)=1.747 ; p=0,001) et le sentiment de déprime (χ2(3)=1.241 ; p=0,006).

Sexualité développée avec des partenaires stables ou occasionnels

La configuration des rencontres montre l’importance de la toile, tant dans la recherche de partenaires occasionnels que dans celle d’un partenaire stable. […] En effet, près de la moitié (46.2%) des répondants ont été en situation de couple durant les 12 dernier mois et le tiers (33.4%) sont dans une configuration de couple « ouvert ». Pour la majorité d’entre eux (60,2%) cette relation stable dure depuis plus d’un an et, pour la moitié (51,2%), le partenaire régulier fut rencontré par le biais d’internet. Parmi ces répondants en couple, 72,6 % annoncent des relations anales avec leur partenaire régulier et 57,3 % ont eu des relations sexuelles anales sans préservatif avec ce ou ces partenaires réguliers. Pour la majorité, leur dernier partenaire régulier au cours des 12 derniers mois est séronégatif (80,1%). Près d’un répondant sur dix (5,7%) rapportent un partenaire régulier séropositif et 14,2 % rapportent un partenaire régulier dont ils ne connaissaient pas le statut sérologique.

Les partenaires occasionnels

Tous lieux de recrutement confondus, au cours des 12 derniers mois, 76,9 % des répondants ont eu des relations sexuelles avec au moins un partenaire occasionnel (tableau 8) et 19% avec plus de dix partenaires. Par ailleurs, 68,0% des répondants ont rencontré au moins un partenaire sexuel occasionnel sur internet et la moyenne du nombre de partenaires occasionnels sur un an se situe à près de 9 (8,87) dont 6 (5,61) sont rencontrés en ligne (soit les deux tiers). Le tableau 9 précise les types de rapports sexuels pratiqués avec des partenaires occasionnels rencontrés durant les 12 derniers mois. On constate qu’au-delà des pratiques sexuelles anales (active, 36,5% et passive, 37,0%) et orales (fellation, 92,8% et anulingus, 46,8%), le sexe en groupe (9,7%) et la pratique du bareback (9,8%) sont des entrées non négligeables.

Problématiques de Santé : consommation de drogues, travail du sexe

[…] La consommation d’alcool et de drogues n’est pas négligeable dans cet échantillon et peut devenir préoccupante pour certains sous-groupes. […] Le tableau 6 montre qu’au cours des 12 derniers mois, 67 % des répondants avaient consommé, au moins une fois, cinq verres d’alcool ou plus au cours de la même occasion. 55.7% de l’échantillon ont consommé au moins une fois une autre substance psychoactives cours des 12 derniers mois. 36,7% ont consommé, au moins une fois du cannabis, 26,2% des poppers, 11,3 % de l’ecstasy, 7,0 % de la cocaïne ou du crack, 12 % des amphétamines, 1,4 % du cristal, 13,5 % du viagra, 5,9% du GHB ou GBC, 3,6 % de la kétamine, 0,8 % de l’héroïne et 3,6% rapporte l’usage d’autres produits. La consommation se pratique à la maison ou dans des soirées privés dans 43,9% des cas, 11,6% dans les soirées associées au « night-life gay ». 17,1% des répondants rapportent le faire dans le but d’améliorer leurs performances ou les sensations sexuelles. Notons que 3,4% des déclarants combine plusieurs drogues simultanément et qu’un même nombre signale un sentiment de dépendance. Enfin, les hommes séropositifs sont plus nombreux à avoir consommé au moins une fois une substance (82,9% versus 54,4% pour les séronégatifs), ceux qui ne sont plus certains d’être séropositifs suivant cette tendance haussière (71,6%).

Relations sexuelles négociées en échange d’argent, de drogues, de biens ou de services

Un peu moins de 10% (8,4) des répondants ont négocié des relations sexuelles en échange d’argent, de drogues, de biens ou de services dans les douze derniers mois. De ceux-ci, 62,4% ont négocié les relations sexuelles par le biais d’Internet sur des sites de rencontres généralistes, 16,0% par le biais d’internet sur des sites de rencontres spécialisés (escortes), 12,5% en fréquentant des bars, clubs ou des discothèques non spécialisée, 11,8% en fréquentant des saunas, des sexe-clubs, des peep-show ou des bars spécialisés et 22,3% l’ont fait sur des espaces ou des lieux de rencontre publics.

Problématiques de Santé, Statut sérologique et contractions d’IST

Si près de 5% de l’échantillon regroupe des hommes séropositifs, ce nombre est plus conséquent pour la région métropolitaine de Montréal (7,5%) versus les autres régions (2,8%).

Statut sérologique au regard du VIH et du VHC

Un répondant sur vingt (4,8 %) rapporte qu’il est infecté par le VIH. Bien que 73,9% des répondants se disent non infectés par le VIH, 17,6 % rapportent ne pas savoir et 3,7 % disent ne plus être certains qu’ils sont toujours séronégatifs. 1,1 % des répondants affirment avoir contracté le VIH dans les douze derniers mois (Tableau 7). […] Concernant le VHC, 73,7% disent être séronégatifs, et 22,9% ne le savent pas, 1,1% des répondants déclarent être porteur du virus et 2,4% ne sont pas certains d’être encore séronégatifs. 0,3% des répondants affirment avoir contracté le VHC dans les douze derniers mois. Si près de 5% de l’échantillon regroupe donc des hommes séropositifs ce nombre est plus conséquent pour la communauté urbaine de Montréal (7,5%) et de 2,8% en région. En lien avec la transmission d’infections transmissibles sexuellement, 30,9% avaient déjà été infectés au moins une fois dans leur vie. En ce qui concerne les antécédents d’ITS au cours des 12 derniers mois, 7% des répondants déclare en avoir souffert : 4,1% ont rapporté une gonorrhée, 3,8 % ont eu des condylomes, 2,7% la chlamydia, 2,1% la syphilis, 1,9% par l’herpès génital, 0,8% l’hépatite B ou A, 0,5% une gonococcie rectale alors que 0,3 % ont été infecté par le lymphogranulome vénérien.

Comportements sexuels à risque

Tableau 10, les analyses montrent que 39.3% des répondants ont eu au moins une relation anale non protégée avec un partenaire occasionnel au cours des 12 derniers mois (UAI), alors que 8% environ des répondants ont eu souvent ou toujours des relations non protégées avec un partenaire occasionnel (FSUAI). Quant au statut sérologique des partenaires occasionnels avec qui les répondants ont eu des relations anales non protégées, 9,1% savaient qu’au moins un d’entre eux était séropositif, 46,2% ne connaissaient pas le statut de leur partenaire et 53,9% supposaient ces partenaires séronégatifs.

Influence de certaines variables dont la sérologie sur la prise de risque

Les prises de risques sont plus marquées chez les hommes séropositifs et pour ceux qui ne sont plus certains d’être encore séronégatif, la déclaration d’un UAI étant presque deux fois plus fréquente et la déclaration de prises de risque fréquentes ou systématiques presque 4 fois plus élevées. […] [(*Unprotected Anal intercourse (UAI) *Frequent or systematic unprotected intercourse (FSUAI)].

Barebacking et configurations des rapports intentionnellement non protégés

Le barebacking est défini dans le questionnaire comme la pratique volontaire et intentionnelle de relations anales non protégées qu’elles se situent avec des partenaires occasionnels ou dans le couple et quelques soient les configurations de concordance ou de non concordance sérologique. Les pratiques « volontairement non protégées » concernent près du tiers des répondants (29,7%) et plus particulièrement les hommes séropositifs ainsi que ceux qui disent « ne plus être certain d’être séronégatif ». En effet, plus de la moitié de ces derniers (50,9%) et 52,6 des séropositifs déclarent des pratiques bareback versus 31.8% des séronégatifs et 26.4% de ceux qui ne connaissent pas leur statut. Les analyses montrent (tableau 8) que les configurations des pratiques non protégées suivent un registre clair de réduction des risques et de sérochoix pour les répondants séronégatifs (près des ¾ les développant au sein d’une relation de couple) alors que, pour les répondants séropositifs ou ceux qui pensent ne plus être séronégatifs, le pattern diverge nettement et dévoile des stratégies de réduction des méfaits nettement moins fermes. En effet, par rapport aux séronégatifs, ils sont moins engagés dans un contexte limité à la relation de couple (54,3% versus 74,7%) (χ2(2)=2.314 ; p=0,0001) et développent plus favorablement ces pratiques avec des partenaires occasionnels au statut séro-convergeant (74,8% vs 51,4% ; χ2(2)=2.867 ; p=0,0001), au statut inconnu (55,9% vs 18,9% ; χ2(2)=9,541; p=0,0001), sérodivergeant (29,8% vs 4,9% ; χ2(2)=7,455; p=0,0001) ou dont ils ne se sont pas souciés (46,3% vs 14,7% ; χ2(2)=9,406; p=0,0001).

[…] Parmi les répondants ayant déclaré des pratiques bareback dans les 12 derniers mois, 75,1% disent que la pratique s’est organisée souvent ou toujours à deux dans un contexte privé, 6,4% à plusieurs, 4,5% lors d’un gang bang. Les échanges de fluide concernent environ le tiers les répondants ayant déclaré des pratiques non protégées.

Indicateurs de prise de risque occasionnelle (UAI) ou fréquente (FSUAI) chez

les répondants séronégatifs de cet échantillon

Des analyses statistiques multivariées portant sur les répondants séronégatifs déclarant un ou plusieurs partenaires sexuels occasionnels (n = 1 989) ont été effectuées pour trouver des indicateurs prédisant la déclaration de prise de risque de type UAI (au moins une relation anale non protégée) et de prise de risque fréquente ou systématique (FSUAI). Pour la déclaration d’au moins une relation anale non protégée, l’analyse multivariée fournit un modèle contenant 8 prédicteurs significatifs (IC=95%). Les chances diminuent de 0.69 lorsque les répondants séronégatifs ont suivi des études universitaires, de 0.70 s’ils ont été en relation stable ou de couple dans la dernière année, de 0.59 s’ils ont eu des relations sexuelles avec un partenaire occasionnel alors qu’il y avait engagement dans une relation stable ou de couple. Par contre, les chances d’avoir au moins une relation anale non protégée augmentent de 1.41 pour ceux qui ont cherché des rencontres sexuelles dans des lieux échangistes avec backroom, de 1.54 pour les consommateurs de poppers, de 1.88 pour ceux qui ont eu plus de 10 partenaires sexuels occasionnels dans la dernière année, de 3.10 s’ils ont rapporté une ITS dans les 12 derniers mois et de 5.99 s’ils ont rapporté des pratiques bareback alors qu’ils étaient en relation de couple dans la dernière année. Pour la déclaration de pénétration anale non protégée fréquente ou systématique (FSUAI), l’analyse multivariée fournit un modèle contenant 7 prédicteurs significatifs (IC=95%). Les probabilités diminuent pour les répondants vivant dans la région métropolitaine de Montréal (OR=0.59), alors qu’elle augmentent pour ceux qui utilisent lnternet plus de 10 heures par semaine (OR=1.62), qui cherchent des rencontres sexuelles dans les lieux de rencontres extérieurs (OR=1.63), qui ont plus de 10 partenaires sexuels dans la dernière année (OR=1.69), qui rapportent au moins une ITS dans la dernière année (OR=1.95), qui affirment avoir été victime de violence physique (OR=4.51) et qui développent des pratiques bareback dans une relation stable ou de couple(OR=4.83). On se rend compte que le fait de déclarer des pratiques bareback dans le couple est un indicateur très puissant au regard des UAI et FSUAI. Il en est de même pour la transmission d’ITS, qui est une conséquence directe des UAI. Le fait d’avoir été victime de violence physique à cause de son orientation sexuelle a aussi un poids élevé dans le modèle prédisant les FSUAI. Ceci indique que la victimisation a un effet important sur la santé sexuelle des répondants séronégatifs.

Notons que des analyses univariées, non détaillées ici, enrichissent ces indicateurs de risque. Ainsi, l’utilisation d’Internet sur un nombre d’heures élevé, le niveau d’éducation, le lieu de résidence, la fréquentation des lieux chargés sexuellement et anonymes influencent les prises de risque.

Besoins identifiés

L’analyse des indicateurs à risque portant sur l’échantillon des répondants séronégatifs permet d’élargir et de mieux cadrer les modèles d’intervention auprès de cette population. Notons aussi que les interventions ciblant les hommes séropositifs devraient être élargies à ceux qui « ne sont plus certains d’être séronégatifs », les répondants de ces deux groupes étant 2 fois plus nombreux à déclarer avoir eu au moins une relation anale non protégée avec des partenaires occasionnels (UAI) et 4 fois plus nombreux à s’engager dans des relations anales fréquemment ou systématiquement non protégées (FSUAI). Ces résultats montrent la complexité des agencements au regard des comportements à risque : sexualité bareback dans le couple, usage intensif du réseau, partenaires multiples, espaces fréquentés, lieu de résidence, etc. Ils soulignent la nécessité d’organiser les modèles de prévention et de promotion de la santé (trop souvent basés sur le strict maintien du sexe sécuritaire et des normes comportementales), vers des sujets plus psychosociaux rattachés à la diversité des trajectoires des hommes gais et bisexuels et des territoires fréquentés.

Population cible

Hommes québécois ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes.

Objectifs et hypothèses

Cet article rend compte du versant québécois du Net Gay Baromètre, sondage diffusé en 2008. Il permet de dégager des informations générales sur les répondants et de dresser un portrait sociodémographique de ces derniers. Il questionne les usages généraux, sociaux, sentimentaux et sexuels du réseau en les situant dans les habitudes de rencontres plus générales des internautes. En effet, le questionnaire s’attarde sur les rencontres des participants au cours de la dernière année. Il explore la vie et les pratiques sexuelles des internautes, leur rapport au risque et à la prévention (dans le cadre de relations stables ou occasionnelles), leur adhésion aux pratiques bareback (figures et contextes). D’autres sujets abordent l’accès aux services médicaux et certaines problématiques de santé : difficultés psychosociales, image corporelle, consommation de substances psychoactives ou relations sexuelles monnayées. Les données collectées devraient permettre d’orienter les actions de prévention auprès de certains groupes et, éventuellement, auprès des sites de rencontres sollicités.

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