Perceptions des hommes québécois de leurs besoins psychosociaux et de santé ainsi que de leur rapport aux services

Perceptions des hommes québécois de leurs besoins psychosociaux et de santé ainsi que de leur rapport aux services

détails de la fiche synthèse

Réalisée: David Guilmette Mise en forme: Justin Sirois-Marcil Juillet, 2014

La demande d'aide, le soutien social et le rôle masculin chez des hommes qui ont fait une tentative de suicide.

Référence complète de l'étude

Houle, J. (2005). La demande d'aide, le soutien social et le rôle masculin chez des hommes qui ont fait une tentative de suicide. (Thèse de Doctorat en psychologie), Université du Québec à Montréal, Montréal.

Préblématique et cadre théorique

Au Québec, comme dans la plupart des pays du monde, les hommes sont beaucoup plus nombreux à s’enlever la vie par suicide que les femmes. Malgré le caractère quasi-universel du phénomène, les causes de cette surmortalité masculine demeurent mal comprises parce que peu investiguées sur le plan scientifique. Parmi les hypothèses formulées pour expliquer la plus forte incidence de suicide chez les hommes, on retrouve celles relatives à la létalité des moyens, à l’impulsivité, à la demande d’aide, au soutien social et au rôle masculin. Il a été maintes fois suggéré que les hommes sont plus réticents que les femmes à demander de l’aide à leur entourage et à faire appel aux ressources professionnelles lorsqu’ils vivent des difficultés. De surcroît, les hommes présenteraient certaines fragilités au plan de l’intégration et du soutien social: ils disposeraient notamment d’un réseau familial moins étendu, souffriraient davantage de l’absence d’un partenaire amoureux et du manque d’emploi, tout en percevant moins de soutien disponible dans leur entourage que les femmes. Certains sont d’avis que les exigences de stoïcisme et d’invulnérabilité du rôle masculin traditionnel seraient à l’origine de cette réticence à demander de l’aide et de ce manque de soutien social et contribuerait ainsi à expliquer la plus grande vulnérabilité des hommes au suicide (Moeller-Leimkuehler, 2003; Murphy, 1998 ; Sanborn, 1990 ; Wilson, 1981). Cette hypothèse fréquemment évoquée n’a jamais fait l’objet d’une vérification empirique.

Par ailleurs, bien que l’analyse des différences de genre tend à occulter cette réalité, les hommes ne forment pas un groupe homogène : tous ne sont pas réticents à demander de l’aide, moins bien pourvus au plan de l’intégration et du soutien social et tous n’adhèrent pas au rôle masculin traditionnel. Afin de mieux comprendre la plus grande vulnérabilité des hommes au suicide, il importe donc d’effectuer une analyse plus poussée du genre afin d’identifier les caractéristiques spécifiques pouvant accroître le risque de suicide au sein même de la population masculine.

Les hommes sont beaucoup plus nombreux que les femmes à s’enlever la vie par suicide, et ce, dans presque tous les pays du monde. L’analyse des différences de genre suggère plusieurs explications possibles à ce phénomène : les hommes utilisent des moyens plus létaux, sont plus agressifs, demandent moins d’aide, reçoivent moins de soutien social, ont des attitudes plus favorables à l’égard du suicide, se sentent davantage seuls et sont moins bien intégrés socialement que les femmes. Par ailleurs, certaines particularités du rôle masculin traditionnel, telles que la valorisation excessive de la réussite, du stoïcisme et de l’indépendance dans la résolution de problèmes, auraient des conséquences négatives sur des variables associées aux comportements suicidaires, dont l’état mental, la demande d’aide, le soutien social, l’acceptabilité du suicide et l’intégration sociale. Bien que l’analyse des différences de genre nous indique des pistes utiles pour mieux comprendre la forte incidence de suicide des hommes, ses conclusions demeurent générales puisqu’elle considère les hommes comme un groupe homogène, alors qu’ils diffèrent de manière importante entre eux. La population masculine est hétérogène, composée à la fois d’hommes très stéréotypés et d’hommes qui ne ressemblent en rien à l’homme traditionnel. Dans une perspective de prévention du suicide, il s’avère crucial de dépasser notre compréhension de la vulnérabilité au suicide des hommes, afin de mieux comprendre la vulnérabilité au suicide de certains groupes d’hommes. Une investigation plus approfondie pourrait permettre de mieux cibler les facteurs de risque et de protection au sein de la population masculine, plutôt que de les déduire en comparant les hommes aux femmes.

Méthodologie de l'étude

Description de la ou des méthodes utilisées

L’étude compare 40 hommes admis à l’urgence d’un hôpital suite à une tentative de suicide à 40 hommes qui n’ont jamais fait de tentative de suicide. Une entrevue semi-structurée est utilisée pour mesurer l’intégration sociale des participants, le sentiment de solitude (Échelle de solitude de l’UCLA), le soutien social perçu (Échelle de provisions sociales), les comportements de demande d’aide et le soutien reçu suite à un événement difficile, l’acceptabilité du suicide et l’adhésion au rôle masculin traditionnel (Échelle de conflits de rôle). Des instruments standardisés sont également utilisés pour mesurer la présence d’un épisode de dépression majeure (SCID) ou d’un trouble d’abus ou de dépendance à l’alcool (AUDIT) ou aux drogues (DAST) chez les participants.

Échantillon(s) et période(s) de collecte des données

Groupe avec tentative de suicide

Au cours d’une période de neuf mois, soit d’avril à décembre 2003, 48 hommes admis à l’urgence suite à une tentative de suicide et identifiés consécutivement par le personnel comme étant admissibles à la recherche, sont invités à y participer.

Groupe sans tentative de suicide

Au cours d’une période de 11 mois, soit de juillet 2003 à mai 2004, 408 hommes de 20 à 59 ans sont invités à répondre aux questions vérifiant leur admissibilité à l’étude au cours d’une brève entrevue de présélection réalisée en face à face. De ces 408 personnes, 396 (97,1%) acceptent de le faire et 61 (15,4%) répondent à l’ensemble des critères d’admissibilité à l’étude. Parmi celles-ci, 42 (68,9%) acceptent de participer à l’entrevue en face à face. L’entrevue se déroule à l’Université du Québec à Montréal (47,6%) ou au domicile du participant (42,9%) et plus rarement à son lieu de travail (9,5%). Deux participants sont exclus de l’échantillon parce qu’ils ont déjà tenté de s’enlever la vie dans le passé, bien qu’ils aient omis de rapporter leur tentative de suicide au cours de l’entrevue de présélection.

Principaux résultats

Les résultats ont montré que, conformément à l’hypothèse de départ, le rôle masculin traditionnel était associé à un risque accru de comportements suicidaires et que son influence s’exerçait d’une manière indirecte, en fragilisant l’état mental des hommes et en diminuant la probabilité qu’ils demandent de l’aide et reçoivent du soutien de leur entourage.

1) En ce qui a trait à la première hypothèse, cette étude visait donc à vérifier, d’une part, si les hommes qui ont tenté de se suicider étaient moins bien intégrés socialement que les hommes qui n’ont jamais fait de tentative de suicide et, d’autre part, s’ils vivaient cette situation plus difficilement. Ces hypothèses ont été toutes deux confirmées.

Les résultats de cette étude montrent que les hommes qui ont tenté de se suicider sont plus nombreux à ne pas avoir de partenaire amoureux et que cette situation entraîne chez eux des effets négatifs plus importants, se traduisant notamment par des niveaux de solitude plus élevés et une moins grande disponibilité de soutien social.

Également, les résultats de cette étude suggèrent que les hommes qui tentent de s’enlever la vie seraient plus dépendants à l’égard de leur partenaire amoureux et que cela pourrait accroître leur vulnérabilité aux comportements suicidaires lorsqu’ils sont privés de partenaire.

Selon l’auteure, cette étude est la première à avoir comparé l’expérience de pères qui ont tenté de s’enlever la vie avec celle de pères n’ayant jamais posé un tel geste. Les résultats de cette recherche suggèrent que ce n’est pas le fait d’avoir un enfant en soi qui protège des comportements suicidaires, mais plutôt la présence d’une relation soutenue et engagée avec celui-ci. L’auteure a constaté que, comparativement aux hommes qui ont tenté de se suicider, les hommes sans antécédent suicidaire avaient des contacts plus réguliers avec leurs enfants, affirmaient davantage contribuer à leur bien-être et étaient les seuls à identifier leurs enfants parmi les personnes qui reconnaissent leurs compétences et qui partagent leurs activités sociales. Ceci suggère que le rôle paternel pourrait protéger du suicide lorsqu’il est une source importante de gratification et qu’il donne un sens à la vie. Également, cette étude suggère que les pères qui ont tenté de s’enlever la vie avaient plus de difficulté à assumer pleinement leur rôle de parent et s’y sentaient moins compétents.

Aussi, l’auteure a trouvé que le fait d’être sans emploi était un important facteur de risque du suicide. Toutefois, contrairement à Beautrais, Joyce et Mulder (1998) qui était les seuls à avoir contrôlé statistiquement pour l’effet de la morbidité psychiatrique, cette étude a trouvé que le fait d’être sans emploi était un bon prédicteur de la tentative de suicide, même après avoir considéré l’effet des troubles mentaux. La majorité des hommes qui ont tenté de s’enlever la vie se déclarent d’ailleurs malheureux ou très malheureux d’être sans emploi.

2) En ce qui a trait à la deuxième hypothèse, les résultats de cette étude suggèrent que, malgré un réseau social de taille comparable, les hommes qui ont tenté de s’enlever la vie se sentaient beaucoup plus seuls que les hommes sans tentative de suicide. Les analyses secondaires ont montré que le sentiment de solitude était un meilleur prédicteur de la tentative de suicide que des réalités plus objectives comme le fait de vivre seul, de ne pas avoir d’amis ou le nombre de personnes dans le réseau social.

Cette étude a également confirmé que les hommes avec tentative de suicide percevaient beaucoup moins de soutien social disponible dans leur réseau que les hommes sans tentative de suicide. Cette recherche suggère que les hommes qui perçoivent du soutien social disponible dans leur entourage se sentent rarement seuls, et que c’est le sentiment d’être soutenu qui contribuerait davantage à la prévention des comportements suicidaires. Cette étude suggère donc que le fait de percevoir peu ou pas de soutien disponible dans notre entourage dans les moments difficiles accroît d’une manière importante le risque de faire une tentative de suicide.

Cette recherche appuie le rôle déterminant du soutien de l’entourage dans la prévention des comportements suicidaires. L’auteure a en effet trouvé que, malgré un réseau social d’ampleur comparable, les hommes qui ont tenté de se suicider identifiaient moins de membres de leur entourage comme sources de soutien.

Par ailleurs, les résultats de cette étude suggèrent que parmi les participants qui ont parlé de ce qu’ils vivaient, les hommes qui ont tenté de se suicider étaient moins satisfaits de l’aide obtenue. Notamment, ils se sont sentis davantage jugés et moins bien compris que les hommes sans tentative de suicide. Près de la moitié d’entre eux rapportent également avoir reçu du soutien négatif. Ce soutien moins adéquat pourrait s’expliquer par le fait que les hommes qui ont tenté de s’enlever la vie auraient, selon l’expression consacrée, « épuisé leur réseau ».

Cette recherche ayant trouvé que les hommes qui ont tenté de se suicider sont beaucoup plus nombreux à souffrir de troubles mentaux et en particulier de troubles associés à des comportements perturbateurs comme l’alcoolisme et la toxicomanie, il apparaît donc possible que leur manque de soutien social s’explique, en partie du moins, par l’épuisement de leur réseau. D’autre part, le fait que les hommes qui ont tenté de s’enlever la vie sont moins nombreux à avoir parlé à quelqu’un suite à l’événement difficile tend à appuyer l’hypothèse selon laquelle la réticence à demander de l’aide accroît le risque de poser un geste suicidaire.

Les résultats de cette étude sont toutefois contraires à l’hypothèse de départ en ce qui concerne la demande d’aide au réseau formel, puisque les hommes avec tentative de suicide n’étaient pas moins nombreux à avoir entrepris des démarches pour obtenir de l’aide professionnelle suite à l’événement le plus difficile de la dernière année : plus du tiers des participants des deux groupes avait cherché personnellement à obtenir du soutien formel.

Les résultats de cette étude suggèrent que les hommes avec tentative de suicide étaient deux fois plus nombreux à être déjà suivis au moment où est survenu l’événement difficile et qu’ils ont presque tous utilisé au moins une ressource formelle dans l’année précédant l’entrevue, alors que c’est le cas de la moitié seulement des hommes sans tentative de suicide.

3) En ce qui a trait à la troisième hypothèse, les résultats de cette étude suggèrent que l’adhésion au rôle masculin traditionnel est associée à un risque accru de faire une tentative de suicide chez les hommes, même lorsqu’on exerce un contrôle statistique de l’effet des troubles mentaux.

Les résultats de cette étude suggèrent que les hommes qui ont tenté de se suicider avaient tendance à valoriser davantage l’indépendance dans la résolution de problèmes que les hommes sans antécédent suicidaire, ce qui signifie qu’ils sont plus réticents à demander de l’aide à leur entourage et qu’ils sont davantage susceptibles de ressentir de la honte lorsqu’ils sont obligés de le faire.

4) En ce qui a trait à la quatrième hypothèse, les résultats de cette étude suggèrent que les hommes avec tentative de suicide considéraient le suicide comme plus acceptable que les hommes sans tentative de suicide.

5) Finalement, afin de mieux comprendre comment l’adhésion au rôle masculin traditionnel pouvait accroître le risque de suicide chez les hommes, l’auteure a postulé un modèle de médiation dans lequel l’adhésion au rôle masculin contribuait à augmenter le risque de suicide d’une manière indirecte, en ayant une influence néfaste sur l’état mental, le soutien social, la demande d’aide, l’acceptabilité du suicide et l’intégration sociale. Cette étude a confirmé en partie ce modèle. Les résultats de cette étude suggèrent que l’adhésion au rôle masculin traditionnel contribuait à la prédiction du trouble mental chez les participants.

La vérification du modèle de médiation a également permis de confirmer que l’adhésion au rôle masculin diminue la quantité de soutien social perçu ainsi que la probabilité que la personne se confie à un membre de son entourage suite à un événement difficile.

Les résultats de cette étude suggèrent que l’adhésion au rôle masculin est un prédicteur significatif, bien que modeste, de l’acceptabilité du suicide. Toutefois, l’auteure a montré que l’acceptabilité du suicide n’était pas une variable médiatrice de l’influence de l’adhésion au rôle masculin au même titre que l’état mental, la demande d’aide ou le soutien social, puisque sa contribution à la prédiction de la tentative de suicide n’était plus significative lorsqu’on considérait simultanément l’adhésion au rôle masculin.

Ainsi, le modèle final de prédiction de la tentative de suicide suggère que l’adhésion au rôle masculin traditionnel augmente le risque de faire une tentative de suicide de manière indirecte : en fragilisant l’état mental de la personne et en inhibant les facteurs de protection que sont la demande d’aide et le soutien social. Lorsqu’on ajoute à ces trois prédicteurs le statut d’emploi, sur lequel l’adhésion au rôle masculin n’a pas d’influence, on obtient un modèle de prédiction qui explique 57% de la variance. Selon l’auteure, il doit toutefois être considéré comme un modèle exploratoire et interprété avec prudence en raison du petit nombre de participants et du fait qu’ils n’ont pas été sélectionnés d’une manière aléatoire. Ce modèle suggère néanmoins que l’adhésion au rôle masculin est une variable importante à considérer dans la prévention du suicide chez les hommes en raison de son influence délétère sur plusieurs variables associées au suicide.

Besoins identifiés

Les proches des personnes suicidaires ou souffrant de troubles mentaux devraient pouvoir bénéficier de programmes d’accompagnement et de soutien afin de prévenir leur épuisement et leur éventuel désengagement. L’entourage des personnes en détresse peut jouer un rôle crucial dans la prévention des comportements suicidaires des hommes et, à ce titre, devrait être systématiquement considéré dans les interventions.

Cette étude trouve que les hommes qui ont tenté de se suicider étaient nombreux à avoir utilisé les ressources d’aide professionnelle avant de passer à l’acte. Il serait intéressant d’examiner plus en profondeur la perception qu’ont les hommes de l’efficacité de ces services, afin d’identifier des améliorations possibles aux pratiques actuelles.

Également, cette étude suggère que les exigences du rôle masculin traditionnel, particulièrement celles de ne pas exprimer ses émotions et de tenter de résoudre ses problèmes par soi-même, peut entraîner des impacts négatifs sur la quantité de soutien dont une personne en détresse peut se prévaloir et accroître ainsi le risque de faire une tentative de suicide. Considérant le fait que la socialisation au rôle masculin traditionnel débute dès la plus tendre enfance, il serait important d’encourager la mise en place de programmes visant à renforcer les mécanismes d’adaptation des jeunes garçons, afin qu’ils apprennent, notamment, à exprimer leurs émotions et à demander de l’aide sans avoir honte. Il ne s’agit pas ici d’inciter les jeunes garçons à parler absolument de leurs sentiments et à recourir à de l’aide extérieure au moindre problème, mais plutôt de leur donner la chance d’adopter ces mécanismes d’adaptation dans les moments cruciaux, sans que cela n’entraîne chez eux une diminution de l’estime de soi.

Cette étude souligne également les effets bénéfiques de l’engagement paternel et suggère, par conséquent, l’importance d’en faire davantage la promotion et d’assurer une meilleure protection de la relation père-enfant dans les cas de rupture d’union. La création de groupes de soutien pour les pères séparés devrait être encouragée et largement publicisée.

Aussi, Considérant les impacts néfastes de l’adhésion au rôle masculin traditionnel sur la santé psychologique des hommes, il serait important que la formation professionnelle des psychologues, des travailleurs sociaux, des infirmières et des médecins leur permette d’acquérir les compétences nécessaires afin de comprendre la réalité masculine et d’intervenir d’une manière appropriée auprès de cette population.

Cette étude constate que la majorité des hommes qui ont tenté de s’enlever la vie avaient utilisé des ressources d’aide dans l’année précédant leur tentative de suicide. Les professionnels les plus consultés étaient les médecins généralistes et les psychiatres, les services d’aide psychosociale étant fort peu utilisés. Pourtant, les hommes qui tentent de s’enlever la vie présentent des problèmes psychosociaux importants : ils se sentent seuls, peu supportés par leur entourage, sans but dans la vie et inutiles. Ils sont souvent sans emploi, sans conjointe et séparés de leurs enfants. Par conséquent, les hommes en détresse devraient bénéficier de programmes d’aide psychosociale, axés sur la résolution de problèmes et les habiletés sociales, et dispensés par des professionnels formés à l’intervention auprès des clientèles masculines. Ces programmes pourraient viser, notamment, à diminuer la réticence des hommes à demander de l’aide et à exprimer leurs émotions, de même qu’à améliorer la qualité de leurs relations familiales et leurs habiletés à développer et maintenir des liens sociaux avec des personnes extérieures à leur famille. Ces programmes devraient être utilisés en complémentarité avec une aide médicale pour les hommes souffrant d’un trouble mental.

Enfin, les résultats tendent à démontrer que certains hommes seraient dépendants de leur partenaire amoureux pour l’obtention de soutien et que cela pourrait contribuer à accroître leur risque de poser un geste suicidaire. Certaines stratégies devraient être envisagées afin de faciliter, chez ces hommes, l’obtention de soutien à l’extérieur du couple, comme par exemple, l’implantation de réseaux de pairs aidants dans les milieux masculins ou la création de groupe de soutien pour hommes séparés.

Population cible

80 hommes âgés de 20 à 59 ans. L’étude compare 40 hommes admis à l’urgence d’un hôpital suite à une tentative de suicide à 40 hommes qui n’ont jamais fait de tentative de suicide, à Montréal.

Objectifs et hypothèses

Cette étude vise à mieux comprendre les causes de la vulnérabilité des hommes au suicide. Elle examine des hypothèses fréquemment invoquées pour expliquer la surmortalité masculine par suicide, mais qui n’ont jamais fait l’objet d’une vérification empirique. Plus spécifiquement, elle vérifie si le manque d’intégration sociale, le recours moins fréquent à la demande d’aide, la disponibilité moins grande de soutien social, l’acceptabilité du suicide et l’adhésion au rôle masculin traditionnel augmentent le risque de faire une tentative de suicide chez un échantillon d’hommes âgés de 20 à 59 ans.

1) La première hypothèse postulée est que les hommes qui ont fait une tentative de suicide sont moins bien intégrés socialement et souffrent davantage de ce manque d’intégration que les hommes qui n’ont pas fait de tentative de suicide.

2) La deuxième hypothèse postulée est que les hommes qui ont fait une tentative de suicide se sentent davantage seuls, perçoivent moins de soutien social dans leur entourage, demandent et reçoivent moins d’aide suite à un événement difficile que les hommes qui n’ont pas fait de tentative de suicide, et ce, tant en ce qui concerne leur réseau social personnel que le réseau plus formel de la santé et des services sociaux.

3) La troisième hypothèse à l’étude postule que les hommes qui ont fait une tentative de suicide adhèrent plus fortement au rôle masculin traditionnel que les hommes sans antécédent suicidaire, sont plus réticents à exprimer les émotions de vulnérabilité et valorisent davantage l’indépendance dans la résolution de problèmes.

4) La quatrième hypothèse postulée est que les hommes qui ont fait une tentative de suicide considèrent le suicide comme plus acceptable que les hommes qui n’ont pas fait de tentative de suicide. Les participants vont également considérer le suicide plus acceptable chez les hommes que les femmes et considérer plus acceptable la tentative de suicide chez les femmes que les hommes.

5) Afin de mieux comprendre comment s’exerce l’influence délétère de l’adhésion au rôle masculin traditionnel sur les comportements suicidaires des hommes, l’auteure propose la vérification, à titre exploratoire, d’un modèle de prédiction. Ce modèle postule que l’influence de l’adhésion au rôle masculin traditionnel n’est pas directe, mais s’exerce plutôt à travers un certain nombre de variables médiatrices, dont l’état mental, la demande d’aide, le soutien social, l’acceptabilité du suicide et l’intégration sociale.

Mots-clés

Demande d’aide, soutien social, rôle masculin, Hommes, tentative, suicide, Montréal

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