Perceptions des hommes québécois de leurs besoins psychosociaux et de santé ainsi que de leur rapport aux services

Perceptions des hommes québécois de leurs besoins psychosociaux et de santé ainsi que de leur rapport aux services

détails de la fiche synthèse

Réalisée: David Guilmette Mise en forme: Justin Sirois-Marcil Juillet, 2014

Les comportements des familles agricoles à l’égard de la gestion du stress et de la recherche d’aide.

Référence complète de l'étude

Viens, C. et Lebeau, A. (2011). Les comportements des familles agricoles à l’égard de la gestion du stress et de la recherche d’aide. Agence de la santé et des services sociaux de la Montérégie, Direction de santé publique, ACFA : Longueuil, 43 p.

Préblématique et cadre théorique

Ce rapport s’inscrit dans le cadre du projet-pilote intitulé « Le travailleur de rang : une plus value pour une qualité de vie en milieu agricole » réalisé par l’organisme Au Coeur des Familles Agricoles. Ce projet vise particulièrement à développer des services psychosociaux, de santé mentale et de crise, répondant aux besoins des personnes et des familles agricoles dans les territoires des CSSS La Pommeraie et Haut-Richelieu–Rouville.

[…] Santé psychologique des producteurs agricoles : Les deux études ayant documenté la santé psychologique des producteurs agricoles du Canada et du Québec sont celles de l’Association canadienne de sécurité agricole (ACSA, 2005) et de Lafleur et Allard (2006). La première s’appuie sur un sondage national réalisé auprès de 1 100 producteurs agricoles canadiens alors que la deuxième repose sur un questionnaire rempli par 1 338 répondants qui regroupent des producteurs de lait, de porcs et de volailles et sur des consultations de groupes auprès de 20 producteurs de grandes cultures. […] Présence de stress et manifestations de la détresse psychologique : L’ACSA (2005) fait ressortir qu’environ les deux tiers des producteurs sont affectés par le stress; un agriculteur sur cinq se décrit comme étant très stressé tandis que près de la moitié d’entre eux (45 %) se disent plutôt stressés. L’étude de Lafleur et Allard (2006) révèle que 74 % des producteurs agricoles se sont sentis régulièrement stressés au cours des mois précédant l’enquête. Les niveaux de stress les plus élevés se retrouvent chez les femmes, les personnes de 45-54 ans et les producteurs de porc. Selon cette même étude, 51 % des producteurs agricoles se classent dans la catégorie élevée de détresse psychologique, alors que l’Enquête sociale et de santé 1998 révélait que 20 % de la population québécoise se situait à un niveau élevé de détresse psychologique (Lafleur et Allard, 2006). Ce stress se manifeste par des symptômes de dépression, d’anxiété, d’irritabilité et des problèmes cognitifs. De plus, 5,7 % des producteurs agricoles ont déclaré avoir pensé à se suicider comparativement à 3,9 % pour la population québécoise en 1998 (Lafleur et Allard, 2006). Ce taux est plus élevé chez les producteurs de porcs, soit 7,7 %.

Principales causes du stress : Les préoccupations financières constituent la principale source de stress des agriculteurs, représentant 72 % de l’ensemble des causes de stress (ACSA, 2005). Ce constat est également mis en évidence dans le rapport du Comité sénatorial permanent de l’agriculture et des forêts (2008) et l’étude de Lafleur et Allard (2006). Les préoccupations financières concernent les coûts de production vs les prix du marché, les risques de maladie des animaux de ferme et le financement des exploitations agricoles (ACSA, 2005). D’autres préoccupations, à caractère économique et relationnel, sont mentionnées dans l’étude de Lafleur et Allard (2006) : les obligations environnementales, l’instabilité des marchés, la bureaucratie, la concurrence mondiale, l’endettement, le transfert de la ferme, la difficulté à trouver de la relève, les relations avec les employés, les associés et les voisins, etc.

Recours et attentes face aux professionnels de la santé : L’ACSA (2005) fait ressortir que, parmi les producteurs agricoles en détresse élevée, seulement 17 % des personnes concernées ont parlé de stress ou de santé mentale avec un professionnel de la santé. Ce taux est de 20 % dans l’étude de Lafleur et Allard (2006). À l’instar de l’ACSA (2005), la fierté, l’orgueil, le courage et la fermeté dans l’adversité ainsi que l’indépendance dans la résolution de problèmes sont autant de motifs invoqués pour ne pas demander de l’aide (Lafleur et Allard, 2006). Quant aux attentes des producteurs agricoles face aux services de santé, ils accordent une grande importance au respect de l’anonymat et à la connaissance du milieu agricole chez les professionnels de la santé. Leur préférence va également aux rencontres individuelles plutôt qu’à des séances de groupes ou des services d’aide téléphonique (ACSA, 2005).

Soutien social et sentiment d’appartenance à l’égard de la communauté : Lafleur et Allard (2006) montrent que la majorité des producteurs agricoles se sentent assez appréciés dans leur communauté, dépendamment des milieux, et ont le sentiment que leur travail est reconnu par la société. Toutefois, en raison du contexte particulier du secteur porcin, ces auteurs notent que les producteurs de porcs sont proportionnellement plus nombreux que les autres à ne ressentir aucune solidarité au sein de leur communauté (16 %), à ne pas du tout se sentir appréciés par la communauté (9 %) et à avoir le sentiment que leur travail n’est pas du tout reconnu par la société (37 %). De plus, comparativement à la population en général, les producteurs agricoles sont proportionnellement plus nombreux à « ne pas être satisfaits des rapports qu’ils entretiennent avec leurs amis, leurs enfants et leurs conjoints », soit 13 % contre 26 % » (Lafleur et Allard, 2006 : 53). Le soutien émotionnel et le soutien sous la forme de conseils sont les deux formes de soutien social qui modèrent le plus l’effet du stress occasionné par les problèmes financiers (Lafleur et Allard, 2006). Pistes de solution pour réduire le stress : Quant aux services pouvant améliorer la qualité de vie des producteurs agricoles et diminuer leur stress, le service de remplacement sur la ferme semble le type le plus apprécié par les producteurs agricoles (Lafleur et Allard, 2006). Lafleur et Allard (2006) concluent qu’à défaut d’éliminer les sources de stress en milieu agricole, « on pourrait essayer de minimiser leur impact en travaillant à briser l’isolement, en sensibilisant les producteurs agricoles à l’importance de s’ouvrir et d’être à l’écoute et en les encourageant à parler de leurs problèmes pour faire baisser la vapeur. » Le soutien des proches et la mise sur pied de travailleurs de rang sillonnant les campagnes constituent également des pistes d’action pour briser l’isolement des producteurs agricoles, faire de la prévention auprès des personnes à risque, diriger les producteurs en détresse vers les ressources appropriées, ce qui n’est pas sans poser des difficultés, et aider les personnes à reprendre leur vie en main (Lafleur et Allard, 2006).

Questionnement : À la lumière de ces données scientifiques, il est permis de reconnaître la présence et les symptômes d’une détresse psychologique chez les producteurs agricoles. On y apprend également que ces producteurs agricoles ont peu parlé de leur stress avec un professionnel de la santé et que des lacunes sont observées chez certains d’entre eux sur le plan de leur appartenance à l’égard de la communauté. Toutefois, force nous est de constater que cette même littérature scientifique ne nous informe pas ou peu sur les pistes de solutions pour réduire le stress des familles agricoles notamment sur leurs réseaux de soutien ainsi que sur leurs aptitudes et comportements en matière de gestion du stress et de recherche d’aide. Ce faisant, il […] apparaît utile et opportun que ce questionnement puisse être mis de l’avant dans le cadre d’une recherche auprès des familles agricoles.

Cadre conceptuel : Le modèle retenu pour évaluer les besoins des producteurs agricoles est celui de la théorie du comportement planifié d’Ajzen (1988). Cette théorie permet de prédire et, par le fait même, de comprendre les comportements sociaux. Dans le cas présent, le comportement attendu est l’action des familles agricoles dans la gestion du stress et la recherche de l’aide. Selon cette théorie, le déterminant immédiat d’un acte comportemental est l’intention (motivation) de poser ou de ne pas poser une action donnée (Godin, 1991). L’intention d’une personne d’adopter un comportement donné est le résultat de trois composantes : l’attitude à l’égard du comportement attendu; la norme sociale perçue; la perception de contrôle par rapport au comportement attendu. L’attitude d’une personne à « l’égard d’un comportement est déterminée par ses croyances quant aux conséquences de ce comportement et par la valeur qu’elle accorde à ces conséquences (croyances comportementales) » (Godin, 1988). En ce qui a trait à la norme subjective, « elle est déterminée par l’importance que la personne accorde à l’opinion de certaines personnes et par sa motivation à se conformer à l’opinion de ces personnes » (Godin, 1988). Enfin, la perception de contrôle est définie comme la croyance de contrôle de la personne dans l’adoption d’un certain comportement donné (ex. : croyances d’acquérir des habiletés ou d’aller chercher de l’aide, etc.) (Godin, 1988). En résumé, l’intention (motivation) détermine l’adoption d’un comportement volontaire. À son tour, la motivation découle des attitudes et de la norme subjective qu’une personne perçoit dans un contexte bien précis. Les attitudes sont elles-mêmes fonction des croyances comportementales (conséquences et valeur accordée à ces conséquences). En ce qui concerne la norme subjective, elle informe sur l’importance qu’une personne accorde à l’opinion de gens significatifs à propos d’un comportement donné et sur sa motivation à agir dans le sens de l’adoption de ce comportement. Toutefois, d’après Ajzen (1988), « pour assurer une prédiction juste d’un comportement qui nécessite des habiletés, du temps, des opportunités d’agir, etc., il importe d’évaluer non seulement son intention, mais aussi d’estimer le degré de contrôle (physique et psychologique) qu’il croit pouvoir exercer sur ce comportement » (Godin, 1988).

Méthodologie de l'étude

Description de la ou des méthodes utilisées

Méthodologie mixte. La première méthode et source de données est la réalisation de groupes de discussion. Elle permet de connaître le point de vue des producteurs agricoles sur un sujet donné notamment sur leurs modes de gestion du stress et de recherche d’aide. À cet égard, quatre thèmes principaux ont été abordés lors des rencontres : les difficultés éprouvées dans l’entreprise agricole; les situations de stress et les possibilités d’en parler dans l’entourage; la capacité de reconnaître et gérer le stress; l’utilisation des services de santé. Quant à la deuxième méthode et source de données, soit le questionnaire auprès des producteurs agricoles, elle permet de tracer un profil des personnes rejointes (caractéristiques sociodémographiques, relations sociales, états de santé et recours à un médecin de famille) et de connaître leurs attitudes et leurs comportements en situation, réelle ou appréhendée, de stress.

Échantillon(s) et période(s) de collecte des données

Au total, sept groupes de discussion ont été formés, qui ont impliqué 65 producteurs agricoles provenant presque exclusivement de la Montérégie. Ils se sont tenus en mars et avril 2010 […]. Les individus et les groupes ont été sélectionnés en fonction de deux critères. Le premier critère est d’abord géographique de manière à connaître la réalité des producteurs agricoles de la Montérégie dans lequel s’inscrit le projet intitulé « Le travailleur de rang, une plus-value pour une qualité de vie en milieu agricole. » Le deuxième critère de sélection des producteurs agricoles est celui de la recherche de différents points de vue par rapport à la gestion du stress et la recherche d’aide. C’est ainsi qu’il a été retenu la pertinence de former sept différents groupes de producteurs agricoles présentant les caractéristiques suivantes : un groupe de producteurs agricoles, composé d’hommes et de femmes, membres du conseil d’administration de l’ACFA; un groupe de producteurs agricoles, composé d’hommes seulement; un groupe de producteurs agricoles, composé de femmes seulement; un groupe de producteurs agricoles, composé de jeunes adultes (hommes et femmes) représentant la relève agricole; un groupe de couples d’agriculteurs; un groupe de producteurs agricoles, composé de femmes et d’hommes provenant d’une même municipalité; un groupe de producteurs agricoles, composé principalement d’administrateurs (femmes et hommes) de syndicats de base et spécialisés oeuvrant à l’Union des producteurs agricoles (UPA).

Principaux résultats

Caractéristiques sociodémographiques : Parmi les 65 producteurs agricoles ayant rempli le questionnaire, 43 % sont des femmes et 57 % des hommes. De plus, 54 % des producteurs agricoles rencontrés sont âgés entre 35 à 54 ans, 26 % ont 55 ans et plus et 20 % ont entre 18 à 34 ans. La moyenne d’âge est de 47 ans. Dans ce groupe, 86 % sont mariés ou vivent en union libre. De plus, la grande majorité, soit 84 %, mentionne avoir des enfants. Sur le plan de la scolarité, 45 % des producteurs agricoles ont fait des études secondaires et 55 % ont réalisé des études collégiales et universitaires, soit respectivement 43 % et 12 %. Par comparaison, la population de la Montérégie présente des taux comparables, soit 44 % des individus ayant réalisé des études secondaires ou moins, 39 % des études collégiales et 17 % des études universitaires (Statistique Canada, 2009).

[…] Relation avec le milieu : Les participants à cette étude disent être satisfaits ou très satisfaits de leurs relations avec les membres de la famille (81 %) et les amis (97 %). Selon Lafleur et Allard (2006), comparativement à la population en général, les producteurs agricoles du Québec sont proportionnellement plus nombreux à ne pas être satisfaits des rapports qu’ils entretiennent avec leurs amis, leurs enfants et leurs conjoints, 13 % contre 26 %. De plus, 65 % des producteurs agricoles de cette étude manifestent un fort sentiment d’appartenance à l’égard de leur communauté environnante. À l’inverse, 35 % des personnes mentionnent que leur sentiment d’appartenance à l’égard de la communauté est plutôt faible ou très faible. Par comparaison, une même proportion de Canadiens a déclaré un sentiment d’appartenance à leur communauté plutôt faible ou très faible en 2005 (Statistique Canada, 2005). Relève agricole : Parmi les producteurs agricoles qui ont mentionné avoir des enfants (n : 50), 36 (72 %) disent avoir une relève agricole. Actuellement, 22 (44 %) participants sont en processus de transfert de ferme.

Perception de leur état de santé :

Comparativement à d’autres personnes de leur âge, 68 % des producteurs agricoles rejoints dans cette étude perçoivent leur santé de très bonne à excellente et 32 %, de moyenne à bonne. Même si la majorité des producteurs agricoles se perçoivent en très bonne santé, il n’en demeure pas moins que les Canadiens des régions rurales sont en moins bonne santé que ceux des grandes villes. Ils auraient également une espérance de vie plus courte en raison de taux plus élevés de maladies, de blessures, de suicide et d’accidents (Comité sénatorial permanent de l’agriculture et des forêts, 2008).

Visites médicales : Sur le plan des visites chez le médecin : 78,5 % des participants disent avoir un médecin de famille, comparativement à 76 % de la population de la Montérégie âgée de 18 ans et plus (Beaudry-Godin et Savoie, 2011). Ces producteurs agricoles consultent durant l’hiver (40 %), l’automne (21 %), le printemps (14 %), l’été (4 %) ou en aucune saison particulière (21 %); 57 % disent que leur visite chez le médecin, pour des problèmes de santé physique, remonte à moins d’un an, 32 % d’un an à trois ans et 11 % à plus de trois ans, toutefois la santé mentale demeure tabou; 97 % disent suivre toujours ou presque toujours les recommandations de leur médecin. Lorsque ce n’est pas le cas, les motifs invoqués sont une question d’oubli de prendre les médicaments, un point de vue différent de celui du médecin ou un manque de temps pour suivre le traitement indiqué par le médecin.

Lafleur et Allard (2006) mentionnent que, parmi les producteurs agricoles en détresse psychologique, 19,9 % d’entre eux ont affirmé avoir consulté un professionnel de la santé. L’ACSA (2005) présente quant à elle un taux de 17 % d’agriculteurs ayant affirmé avoir discuté de stress ou de santé mentale avec ce type de ressource. De plus, « il a été dit à maintes reprises devant le comité sénatorial que beaucoup de Canadiens ruraux restent des mois, sinon des années, sans consulter un omnipraticien » (Comité sénatorial permanent de l’agriculture et des forêts, 2008). Pour Madame Maria Labrecque Duchesneau, citée dans Lafleur et Allard (2006), il lui semble également que « les producteurs agricoles sont des personnes solitaires et isolées qui ne prennent pas le temps de consulter les ressources existantes ». Pour toutes ces raisons, nous devons être prudents quant au résultat obtenu pour cette variable à l’étude.

Comportements des producteurs agricoles par rapport au stress :

1. Les producteurs agricoles sont assez confiants d’être à l’écoute de leurs besoins et de pouvoir surmonter tout seuls les difficultés lorsqu’ils vivent une situation de stress (moyenne de 6,5 sur 10). Ils sont également confiants de trouver dans leur entourage ou auprès de leur conjoint quelqu’un à qui se confier lorsqu’ils vivent une situation de stress (moyenne 7,3 sur 10).

2. Les producteurs agricoles estiment que parler ou demander de l’aide en situation de stress ne constitue pas un signe de faiblesse (moyenne de 6,3 sur 10). Toutefois, ils sont partagés quant à l’importance de ne pas paraître faible auprès leur entourage et qu’on ne sache pas qu’ils vivent des situations de stress (moyenne de 5,3 sur 10).

3. Concernant la perception des producteurs agricoles par rapport à leurs pairs, ils sont assez d'accord : que les autres producteurs agricoles considèrent que le voisinage n’a pas à connaître leurs situations de stress (moyenne de 6,6 sur 10); que les autres producteurs agricoles ne veulent pas que les problèmes de stress soient étalés sur la place publique (moyenne de 6,3 sur 10). Par ailleurs, les producteurs agricoles sont partagés (moyenne de 4,9 sur 10) face à l’idée que leurs pairs ont de la facilité à se confier à d’autres producteurs agricoles et qu’ils souhaitent que les problèmes de stress se gèrent en famille (moyenne de 5,3 sur 10).

4. Concernant le recours à des ressources d’aide, les producteurs agricoles disent : qu’il leur est plus ou moins facile d’aller chercher de l’information sur les problèmes et les symptômes du stress (moyenne de 5,2 sur 10) et les services d’aide pouvant réduire le stress (moyenne de 5,0 sur 10); qu’il ne leur est pas facile de consulter un professionnel de la santé pour les aider à gérer des problèmes de stress (moyenne de 3,7 sur 10); qu’ils sont assez confiants de pouvoir utiliser les ressources d’aide dans leur milieu lors d’une situation de stress (moyenne de 6,4 sur 10) et d’être bien aidés par ces ressources d’aide (moyenne de 6,5 sur 10).

5. Quant aux attitudes des producteurs agricoles vis-à-vis des professionnels et des services de santé, elles sont très positives. En effet, ils reconnaissent la très grande importance : du rôle que devraient jouer le médecin ou un autre professionnel ainsi qu’eux-mêmes dans la prise en charge de leurs problèmes de santé physique (moyenne 9,3 sur 10); du rôle que devraient jouer le médecin ou un autre professionnel de la santé dans la réduction des problèmes de stress (moyenne de 8,8 sur 10); des services d’aide pouvant réduire le stress et des services offerts en toute confidentialité (moyenne de 9,4 sur 10).

6. Enfin, pour les producteurs agricoles, il est très important que les professionnels de la santé connaissent le milieu agricole et que les services d’aide pouvant réduire le stress soient disponibles à domicile lors de situation de crise (moyenne de 9,1 sur 10).

[…] Contenu des échanges des groupes de discussion

Les préjugés et la reconnaissance sociale à l’endroit des producteurs agricoles : Pour plusieurs participants, le plus difficile c’est de surmonter les préjugés de la population à leur égard. Au dire de certains, ils sont perçus comme des pollueurs, des illettrés et une bande de colons. Le tout se traduit par une non-reconnaissance de leur travail qui se manifeste par de multiples exemples au quotidien. […] Malgré tout, beaucoup de producteurs agricoles considèrent que l’agriculture demeure le plus beau métier du monde, du moins dans leur coeur, et, pour la majorité d’entre eux, c’est encore une passion. L’autonomie au travail, le fait de travailler dans les champs ou de prendre soins des animaux, sont quelques exemples mentionnés pour expliquer leur amour du métier d’agriculteur.

Les problèmes financiers : Hormis les préoccupations reliées au climat et ses conséquences sur l’agriculture, les problèmes financiers constituent la principale source de stress chez les producteurs agricoles. […] Pour d’autres, particulièrement les producteurs porcins, les temps sont difficiles et la possibilité de faire faillite est bien réelle. L’éventualité de ne plus pouvoir vivre de la ferme est perçue comme un échec et ne pas avoir réussi sa vie. Comme le diront plusieurs personnes, nous n’avons pas droit à l’erreur étant donné que les revenus n’augmentent pas. Le fait de devoir être concurrentiel par rapport à l’Ontario, aux É.-U., au Brésil, etc. constitue une source de stress, afin d’offrir les produits de la ferme aux prix les plus bas. […] Ces propos confirment une situation qui n’est pas nouvelle. Déjà en 1992, une étude montérégienne, sur le plaisir et la souffrance mentale dans le travail agricole (Crevier et Brun, 1992), fait les mêmes constats en associant la souffrance des producteurs agricoles à la situation économique et politique ainsi qu’au contexte de travail.

Les tracas bureaucratiques : Les tracas bureaucratiques font partie du quotidien des producteurs agricoles. Leurs perceptions quant à l’incompréhension des fonctionnaires à la réalité agricole; l’imposition de moyens non adaptés à cette réalité et la difficulté de comprendre les changements qui leur sont imposés sont autant de propos exprimés pour faire part de leurs frustrations. Qui plus est, tout cela n’est pas sans conséquences sur leur charge de travail et leur sentiment de contrôle par rapport à la gestion de l’entreprise. De plus, on y dénonce l’incohérence des politiques et des règlements en matière de normes environnementales : On nous demande de les respecter alors qu’on retrouve sur les tablettes des marchés d’alimentation, des produits d’importation à bas prix, dont on ne sait rien sur les contrôles de salubrité et de traçabilité des produits.

La gestion de la ferme, ses conséquences et le soutien des conjointes : À ceci, s’ajoutent les tâches courantes de gestion de la ferme. Elles concernent notamment les aspects administratifs reliés à la gestion de l’entreprise agricole, la santé des animaux, la gestion du personnel, souvent perçue comme une tâche difficile, et le suivi des cahiers de charge en lien avec les plans agroenvironnementaux de fertilisation (PAEF), afin de se conformer à la règlementation sur les exploitations agricoles (ex. : période d’arrosage des pesticides, types de produits utilisés, parcelles couvertes). Pour les producteurs agricoles, ces tâches exigent beaucoup de temps, ce qui n’est pas sans conséquence sur : la vie de couple; la durée des journées de travail (ex. : 80 heures par semaine); les risques d’épuisement et de blessures; la difficulté des jeunes agriculteurs à rencontrer une fille ou un garçon; la possibilité de prendre des vacances. Heureusement, plusieurs producteurs agricoles peuvent compter sur leurs conjointes pour les soutenir dans la gestion de la ferme. Cette responsabilité de gestion qui est souvent celle de plusieurs productrices agricoles, s’ajoute à leurs autres tâches en lien avec les besoins de leurs enfants et de l’ensemble de la famille (ex. : aliments, santé, hygiène) et à leur rôle de premiers secours lors d’un accident. Cette fonction « multitâche», ou plus exactement multirôle des femmes à la ferme fait d’elles les principaux adjoints de leur conjoint.

La question du transfert de la ferme à la relève : Pour la relève agricole, prendre possession de l’entreprise familiale, occasionne un stress. C’est la crainte que ça ne marche pas. La question financière apparaît l’obstacle le plus important pour l’acquisition de la ferme. En effet, il y a un risque de surendettement à long terme. Le transfert de ferme sera facilité par la bonne entente entre la relève et les parents. Le soutien reçu des parents sur le plan financier et le « coaching » constituent des contributions inestimables. Toutefois, il n’est pas rare que ce transfert de ferme suscite des tensions ou des conflits entre les membres de la famille et donne lieu à une rupture des pourparlers. Comme le soulignait une productrice agricole, le transfert de ferme représente une période stressante particulièrement sur le plan des relations interpersonnelles. Pour la relève agricole, ces tensions ou conflits se rapportent : aux relations entre les parents, la relève et les autres membres de la famille; au fait que cette relève est à la remorque des parents quant au moment du transfert de ferme et à la proportion des parts (% de la ferme) transférée; au soutien financier des parents versus l’aide financière de la Financière agricole; à la cohabitation père-fils-fille sur la ferme et aux changements souhaités (ex. : modernisation de la production); à l’établissement de relations professionnelles dans le contexte des relations familiales; aux conjoints, particulièrement les brus, qui ne sont pas impliqués dans les affaires de la famille de manière à ne pas mélanger les relations de couple et les affaires; aux filles qui doivent prouver à leur père qu’elles sont aussi aptes que les gars à prendre en charge la ferme familiale. Pour les parents, le transfert de ferme représente, aussi, une période d’incertitude marquée par le souci : de ne pas retrouver chez leur fils ou leur fille, la même volonté de travailler, la même passion de réussir; d’être équitables envers tous les enfants; d’obtenir un juste prix pour la ferme et sa retraite bien méritée sans pour autant demander trop d’argent à la relève ce qui aurait pour conséquence de l’étouffer financièrement à court et à moyen terme; de montrer à la relève comment faire (ex. : comptabilité, gestion du troupeau, négociation de la marge de crédit, préparation des paies, respect des délais pour remplir les cahiers de charge agroalimentaires de fertilisation). L’inquiétude des parents concerne également les difficultés financières éprouvées en agriculture et le stress que cela peut occasionner. Dans cette perspective, plusieurs producteurs agricoles s’interrogent si c’est rendre service à leurs fils que de leur vendre la ferme. Des producteurs agricoles souhaiteraient même que leurs fermes soient vendues à des étrangers plutôt qu’à leurs fils, afin de leur éviter les problèmes qu’ils devront éventuellement surmonter. Somme toute, les parents sont généralement fiers d’avoir une relève malgré leurs préoccupations pour l’avenir de leurs enfants.

Réseaux sociaux et ouverture à parler de ses problèmes :

A) La cellule familiale : La famille peut représenter à la fois une source importante de soutien lors de situations difficiles, tout en étant celle qu’on cherchera à éviter lorsque les conflits éclatent entre les membres de la famille. […] Pour plusieurs autres personnes, les membres de la famille particulièrement les conjoints sont les premiers confidents des producteurs agricoles […].

B) Les amis : De façon générale, les producteurs agricoles ont développé un réseau d’amis, principalement agricole. Dans certains cas, ce réseau constituera un facteur de soutien en y faisant référence sans hésitation pour leur venir en aide en cas de besoins ou réaliser des activités sociales ou sportives et ainsi réduire leur stress le cas échéant. D’autres producteurs ne voient pas l’utilité de parler de leurs difficultés à leurs amis ou encore ils ne peuvent pas en parler faute d’un réseau de contact. […]

C) Les autres personnes côtoyant le milieu agricole : Enfin, plusieurs ont mentionné la présence de personnes en milieu agricole qui peuvent apporter un soutien, un réconfort auprès de personnes en difficulté. Sans être des professionnels de la santé sur le plan du soutien psychologique, ces personnes peuvent s’avérer de bons conseils dans le cadre de leurs relations avec les producteurs agricoles. Certains producteurs agricoles indiquent même qu’elles devraient être mises à contribution dans le cadre du développement d’un réseau d’aide et d’entraide en milieu agricole. […] Par ailleurs, plusieurs producteurs agricoles ont exprimé des réserves à discuter de leurs problèmes avec certaines entrepreneurs ou personnes qu’ils côtoient dans leur travail. Il s’agit notamment des marchés d’alimentation et autres entreprises qui achètent leurs produits. Ce sont des gens d’affaires qui ne sont pas à l’écoute de nos problèmes. Les producteurs agricoles sont également méfiants envers leurs pairs. Ils mentionnent que certains d’entre eux profitent du malheur des autres pour améliorer leur propre situation (ex. : achat de terres agricoles ou d’équipements de ferme). […] En situation de conflit familial, plusieurs producteurs agricoles disent se sentir isolés car, il n’y a pas tant de monde à qui on peut se confier. Qui plus est, ce confident doit être une personne de confiance, ce qui n’est pas évident. Bon nombre d’entre eux estiment même que beaucoup de producteurs agricoles n’ont pas de réseaux de contacts pour parler de leurs problèmes. Les jeunes agriculteurs seraient moins isolés, car plusieurs d’entre eux mentionnent avoir accès à un réseau d’amis pour parler de ce qu’ils vivent sur la ferme, notamment avec d’autres jeunes qui exercent le même métier qu’eux.

Capacité à reconnaître et gérer le stress 

[…] A) Les causes identifiées du stress :

Chez les familles agricoles, les causes du stress sont multiples. À cet égard, celles-ci identifient les éléments naturels, les relations familiales, les difficultés de la vie, l’incapacité d’être à l’écoute de leurs besoins, les pressions financières et administratives ainsi que la charge de travail.

[…] B) Les manifestations du stress et les capacités à les reconnaître :

En lien avec les causes de stress mentionnées ci-dessus, les producteurs agricoles disent reconnaître les principales manifestations chez les autres. Les longues heures de travail peuvent occasionner des risques de blessures dues à la fatigue. Cette fatigue et autres tracas financiers, administratifs ou familiaux peuvent également susciter d’autres manifestations de stress : irritabilité, insomnie, étourdissement, engourdissement des membres du corps, hyperventilation, pensées suicidaires, etc. Dans certains cas, cela donne lieu à des conflits au sein du couple où les conjoints deviennent les boucs émissaires des problèmes vécus. Les proches des producteurs agricoles, particulièrement les conjoints, semblent les mieux placés pour reconnaître les changements d’attitudes et de fonctionnement des personnes en difficulté, et ce, avant même que celles-ci s’en rendent compte. […] Toutefois, plusieurs producteurs agricoles mentionnent que ce n’est pas évident de reconnaître les signes de stress chez les autres notamment lorsque des pensées suicidaires les habitent […].

Les façons de faire pour combattre le stress

Pour soi-même : Concernant la gestion personnelle du stress, les producteurs agricoles ont recours à différentes stratégies allant d’une bonne nuit de sommeil pour combattre la fatigue, à des activités sociales et sportives de couple ou entre amis, en passant par des activités de détente. […] Pour les autres : Concernant la possibilité d’apporter un soutien à des producteurs agricoles en difficulté, plusieurs émettent des réserves quant à leur savoir-faire pour y parvenir ou leurs habiletés personnelles à pouvoir soutenir une personne vivant une situation de stress […]. De plus, certains producteurs agricoles, ayant connu des personnes qui se sont enlevé la vie, mentionnent qu’elles ne parlaient pas ou peu et qu’elles ne s’ouvraient pas aux autres. Dans cette perspective, comment faire pour aider et faire prendre conscience à ces personnes qu’elles vivent un problème? D’autres producteurs agricoles mentionnent également se sentir mal à l’aise d’intervenir auprès d’autres producteurs agricoles dans le but de leur venir en aide. Pour eux, c’est comme si on s’ingérait dans la vie privée des autres. Pour une productrice agricole, ceci s’explique par le fait qu’il est très rare que les producteurs agricoles, particulièrement les hommes, parlent entre eux de leurs problèmes personnels.

Les exceptions qui font la règle : Malgré les réserves émises à venir en aide à d’autres producteurs agricoles, quelques personnes ont fait part de leur expérience personnelle en tant que personne soutien auprès d’autres producteurs agricoles. […] Précisons également que des administrateurs et présidents de syndicats de base, rejoints dans les groupes de discussion, ont également mentionné rencontrer des agriculteurs qui leur font part de certains problèmes. Bien que certains d’entre eux se sentent plus à l’aise de parler de ces problèmes, le plus aidant c’est pouvoir les référer, si nécessaire, ce qui n’est pas toujours évident pour des personnes présentant des problèmes de santé mentale.

Recours à l’utilisation des services de santé : Le dernier thème abordé avec les producteurs agricoles a trait à l’utilisation des services de santé. Les sujets discutés concernent les problèmes d’accès aux services, l’importance de connaître la réalité agricole et d’y adapter les services ainsi que l’appréciation des compétences du travailleur de rang.

A) Les problèmes d’accès aux services : Concernant les services de santé, les producteurs agricoles ont été nombreux à déplorer la difficulté d’accéder à un médecin de famille et les délais d’attente pour obtenir des services. Ce problème d’accessibilité aux services oblige à recourir aux services d’urgence et d’y passer de longues heures d’attentes pour rencontrer un médecin. Pour les producteurs agricoles, ces longues heures passées à l’urgence hospitalière sont inacceptables et ne tiennent pas compte de leurs obligations à la ferme (ex. : devoir faire la traite des vaches, matin et soir, difficulté des producteurs agricoles d’être remplacés à la ferme). Ce faisant, pour éviter d’aller à l’urgence, certains producteurs agricoles endureront leur mal ou procèderont eux-mêmes aux premiers soins en cas d’accident. En ce qui a trait aux services psychosociaux du réseau public, les producteurs agricoles qui les ont utilisés sont, sauf exception, satisfaits des services reçus. Par contre, ils déplorent également la difficulté d’obtenir rapidement un rendez-vous. Ceux qui ne pouvaient pas ou ne voulaient pas attendre pour rencontrer un professionnel du réseau public, ont eu recours aux services d’un psychologue en cabinet privé. En général, ces services ont répondu à leurs besoins, mais compte tenu des coûts financiers exigés, disent-ils, tous les producteurs agricoles n’ont pas les moyens de se les payer.

B) L’importance de connaître la réalité agricole et d’y adapter les services : Par ailleurs, les producteurs agricoles accordent beaucoup d’importance à ce que les intervenants du réseau de la santé et des services sociaux connaissent la réalité agricole, sachent ce qu’ils vivent et comprennent mieux ce qu’ils disent. En effet, plusieurs estiment ne pas être suffisamment compris. Lorsque c’est le cas, ils se ne sentent plus motivés à poursuivre la consultation professionnelle. Selon eux, le métier d’agriculteur est un métier à part qui exige de gérer une entreprise en contexte familial, avec ou sans employés, en vue de mettre des produits en marché. En situation d’épuisement, il est important, que le psychologue soit familier avec la clientèle agricole et ses différentes réalités : les nombreuses heures de travail, beaucoup de sacrifices, le fait qu’on ne prenne pas de vacances, la difficulté de pouvoir être remplacé à la ferme, etc. De plus, ils privilégient des services de santé adaptés à leurs réalités (ex. : assurer la traite des vaches, matin et soir) et qui tiennent compte de leurs disponibilités. Pour plusieurs producteurs agricoles, les changements attendus passent par une priorisation (sic) de la clientèle agricole et le déplacement des intervenants sociaux dans les milieux de vie des producteurs agricoles.

C) Appréciation des compétences et des approches d’intervention du travailleur de rang : Concernant les services attendus du réseau de la santé et des services sociaux, volet psychosocial, les familles agricoles souhaitent que des activités du type travailleur de rang, développées par l’organisme Au coeur des familles agricoles (ACFA), soient offertes dans le secteur public. Ils estiment que le rôle de travailleur de rang de l’ACFA constitue une fonction utile et bien adaptée à la clientèle agricole. L’examen des activités du travailleur de rang de l’ACFA montre que ce dernier est apprécié en raison de ses compétences professionnelles auprès d’agriculteurs fiers, orgueilleux et méfiants et de ses approches d’intervention auprès d’eux. Concernant ses compétences professionnelles, elles réfèrent à la capacité du travailleur de rang d’entrer en relation d’aide. À cet effet, on souligne ses capacités d’écoute, de compréhension et de mise en confiance des familles agricoles. […]L’appréciation de la fonction de travailleur de rang a trait également à son rôle d’accompagnateur. […]Concernant les approches d’intervention du travailleur de rang, les producteurs agricoles soulignent son accessibilité, sa disponibilité et le fait que l’intervenante de l’ACFA va au-devant des personnes en situation de détresse. […] Enfin, pour maintenir sa présence dans le milieu agricole, la travailleuse de rang se rend visible au

dire des producteurs agricoles. Elle vient aux réunions syndicales de l’UPA, publie des articles dans différents journaux agricoles, donne des conférences, etc. « Dans les clubs agroenvironnementaux, tous les producteurs agricoles ont sa carte d’affaires. »

Besoins identifiés

L’intervention auprès des hommes, ou de toute personne en difficulté, peu motivés à demander de l’aide, devrait s’actualiser par une offre de service qui considère que :

• La difficulté d’accès aux médecins, les délais d’attente pour obtenir des services, la nonréponse aux besoins, le sentiment de ne pas se sentir compris, sont autant de facteurs dissuasifs exprimés par les producteurs agricoles et par Dulac (1999) pour limiter l’utilisation des services ou mettre fin aux consultations professionnelles;

• La crise est reliée au fait que les personnes en détresse psychologique n’ont pas reçu rapidement ou au bon moment une aide appropriée à leurs besoins (Dulac, 1999);

• Les producteurs agricoles accordent une importance à la confidentialité et à la disponibilité des services à domicile, ainsi qu’au fait que les professionnels de la santé connaissent bien le milieu agricole de manière à pouvoir adapter les services en fonction de ce milieu (ex. : prendre en considération la traite des vaches, matin et soir).

Sur ce dernier aspect, Madame Maria Labrecque Duchesneau, directrice de l’ACFA, considère que les comportements de santé des familles agricoles diffèrent de ceux des villageois. Selon elle, les producteurs agricoles évaluent le temps qu’ils disposent pour se faire soigner en fonction de l’urgence des travaux à réaliser sur la ferme. Dans cette perspective, on estime que le travail auprès des clientèles difficiles à rejoindre ou peu motivées à recourir aux services de santé passe impérativement par la révision des façons de faire, à savoir « ne plus attendre l’appel ou la visite de la personne en détresse, mais aller vers celle qui a besoin d’aide, à travers les autres et dans le respect de la volonté de cette personne et de son entourage » (Dulac, 1999). Comme le souligne cet auteur, cette approche de la « main tendue » soulève la question de l’adaptation des services aux besoins des clientèles. À titre d’exemple, mentionnons qu’en matière de violence conjugale pour l’aide psychosociale et l’accompagnement sociojudiciaire, cette approche de la « main tendue » constitue une des consignes d’intervention des protocoles de collaboration. En effet, si la victime accepte de recevoir de l’aide, « l’organisme répondant doit communiquer avec celle-ci dans un délai de 24 heures la semaine et de 48 heures la fin de semaine, faire en priorité l’évaluation des besoins et assurer les services appropriés de consultation psychosociale » (Groulx, 2002). Dans le même sens, la pratique du travailleur de rang à l’ACFA démontre que sa pertinence et ses approches sont fort appréciées dans le milieu agricole. Non seulement les producteurs agricoles reconnaissent-ils les compétences professionnelles du travailleur de rang en matière de relation d’aide, ils apprécient également son accessibilité, sa disponibilité et le fait qu’il va au-devant des personnes en situation de détresse. De plus, le travailleur de rang se rend visible dans les milieux agricoles, et ce, de multiples façons, notamment lors des réunions syndicales de l’UPA, par la production d’articles dans les journaux agricoles et la tenue de conférences. À bien des égards, la pratique du travailleur de rang peut être considérée comme « une intervention proactive » ou « une approche milieu ». Selon Jérôme Guay (1997), cette approche milieu constitue une « intervention qui n’a pas nécessairement été sollicitée par la personne et qui survient avant que la situation soit devenue complètement détériorée et surtout avant que les proches n’aient complètement épuisé leur capacité d’aide ». Dans cette perspective, la pratique du travailleur de rang en milieu rural présente les principaux traits qui caractérisent la stratégie du « travailleur de rue ou de proximité » en milieu urbain, soit une accessibilité et une visibilité des intervenants dans les milieux de vie des populations cibles (Guay, 1997; Paquin et Perreault, 2001).

Population cible

Familles agricoles du Québec (hommes et femmes).

Objectifs et hypothèses

But et objectifs poursuivis : Dans le but de mieux identifier les problèmes de stress vécus à la ferme et, plus spécifiquement, les attitudes et les comportements des familles agricoles pour les gérer, il a été convenu de procéder à une analyse des besoins. À cet effet, trois objectifs sont poursuivis auprès des familles agricoles : Identifier les difficultés éprouvées, leurs capacités à reconnaître les manifestations du stress et leurs réseaux sociaux; Identifier leurs attitudes et comportements en matière de gestion du stress et de recherche d’aide; Préciser leurs attentes vis-à-vis les services de santé et de services sociaux.

Mots-clés

Comportements, Famille, agriculture, stress, gestion, aide, Québec

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